La fabuleuse histoire de la carte postale. L'acte de naissance : Vienne, 1er octobre 1869(2ème partie)
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Le 28 janvier 1869, la Neue Freie Presse publie un article signé d'Emanuel Herrmann, professeur d'économie politique à l'Académie militaire de Wiener Neustadt, démontrant la disproportion entre l'effort d'écriture d'une lettre et le contenu réellement transmis. L'administration autrichienne se laisse convaincre et émet le 1er octobre 1869 la Correspondenz-Karte.
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Le succès est immédiat : un million d'exemplaires vendus en un mois à peine quatre semaines selon La Poste suisse. La première carte connue voyage de Perg à Kirchdorf et arrive le lendemain, l'expéditeur demandant simplement au destinataire s'il souhaite lui rendre visite — banalité inaugurale qui définit d'emblée le registre du média. Budapest suit dès le 1er novembre 1869.
L'Allemagne adopte le dispositif le 1er juillet 1870, avec plus de 45 000 cartes vendues le premier jour à Berlin. Aux États-Unis, le Congrès approuve le penny postcard le 8 juin 1872 et la poste émet ses premières cartes prétimbrées en 1873, conservant son monopole jusqu'au Private Mailing Card Act du 19 mai 1898, qui ouvre le marché aux éditeurs privés.
L'Union générale des postes, créée à Berne en 1874, devient Union postale universelle à Paris en 1878. Deux effets décisifs : la carte postale circule dans tous les pays de l'Union depuis 1876, et l'UPU fixe en 1878 un format uniformisé de 9 × 14 cm, qui restera en vigueur jusqu'à l'adoption du format 10,5 × 15 cm en 1950. La normalisation d'un gabarit international est la condition matérielle de l'industrialisation ultérieure : elle rend interchangeables les cartons, les presses et les casiers de tri.
Deux dates françaises font passer la carte du formulaire à l'image. En 1889, à l'occasion de l'Exposition universelle de Paris, le dessinateur et graveur Léon-Charles Libonis crée la première carte postale illustrée française, représentant la tour Eiffel, vendue à 300 000 exemplaires : la fameuse « Libonis ». La tour organise la vente sur ses trois étages et y ajoute l'expédition de courrier par petits ballons — dispositif publicitaire qui installe le couple carte postale / monument touristique. Le Musée de La Poste conserve un exemplaire de la carte Libonis avec oblitération temporaire d'août 1889.
En août 1891, à Marseille, Dominique Piazza (1860-1941) crée la première carte postale illustrée photographiquement en France. L'origine est privée : un ami d'enfance parti en Argentine souffrant du mal du pays, Piazza réduit des vues de Marseille et en réunit trois ou quatre par carton, tirées en phototypie. Les premiers exemplaires sortent le 14 août 1891, ornés de guirlandes et d'angelots, et connaissent un succès rapide en France et à l'étranger. Son coup de force est administratif autant que technique : il obtient que l'une des deux faces — celle de l'adresse — puisse accueillir l'image.
Aux États-Unis, la carte-vue naît des souvenirs vendus à l'Exposition colombienne de Chicago en 1893, point de départ conjoint de l'édition et de la collection.
L'Exposition universelle de 1900 marque le véritable démarrage : des millions d'exemplaires de cartes-vues et de cartes-fantaisies sont fabriqués et vendus et il circulera dès lors jusqu'à plusieurs centaines de millions de cartes par an.
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Un rapport militaire de fin 1918 évalue à 8 milliards les objets de correspondance ayant circulé en franchise en France .
Le premier quart du XXe siècle épuise le régime de l'usage quotidien : le téléphone puis, plus tard, la photographie amateur, le courriel et la pièce jointe font disparaître la carte postale de la vie ordinaire. Techniquement, la phototypie cède la place à l'offset dans les années 1930. Un retour s'opère toutefois à partir de la fin des années 1970 sur trois terrains nouveaux : support publicitaire, vecteur de diffusion de la photographie d'art, outil muséographique. Entre 1991 et 1997, la circulation reste très faible comparée aux années 1900-1918.
À suivre