Écrits de Nadja (Léona Delcourt) à André Breton. En quelque cinquante lettres, son talent se révèle
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L’inspiratrice de l’œuvre d’André Breton, Léona Delcourt, a donné sa version de leur brève passion destructrice. Et en quelque cinquante lettres, son talent se révèle. « Sorciers acceptés. » Telle est la promesse de la résidence hôtelière Becquerel, « formule d’hébergement magique », sur les pentes de Montmartre, à Paris. Depuis 1911, l’hôtel loge les laissés-pour-compte, les étudiants fauchés, les jeunes et les vieux sous tutelle… et peut-être, parmi eux, quelques enchanteurs. Enchanteresse, elle l’était certainement, celle qui sanglote toujours, diton, chambre 54. Le 21 mars 1927, policiers et infirmiers sont venus y chercher une toute jeune femme — le procès-verbal note sobrement qu’elle « crie, pleure, voit des hommes sur les toits ». Léona Delcourt, 23 ans, 43 kilos pour 1,60 mètre, dont les maigres possessions confirment l’immense dénuement : un tricot, une robe, une paire de chaussures, un seul gant. Un inventaire de misère pour une vie qui tient sur deux colonnes de registre. À une époque où les traitements pour la schizophrénie n’existent pas, son internement équivaut à une condamnation. Léona Delcourt passe quatorze années dans le système asilaire dont jamais elle ne ressortira. Elle y meurt en 1941, sans doute de faim, comme quarante-cinq mille autres internés, alors qu’en pleine Seconde Guerre mondiale la famine décime les hôpitaux psychiatriques.