Keiko Kishi, actrice,  incarnait , dans des films de Yasujiro Ozu, Kon Ichikawa ou Shiro Toyoda, l’évolution de la femme japonaise. Écrivaine et productrice japonaise, elle s’est éteinte, le 7 août, à l’âge de 93 ans. Suziki Tadao évoque sa carrière.

À ma connaissance — et rien dans les sources japonaises consultées ne l'indique — Keiko Kishi n'a jamais publié ni annoncé de journal intime, et aucun carnet personnel n'est signalé dans les inventaires de son œuvre. Ni la notice biographique de référence ni la chronologie détaillée établie par son éditeur Iwanami pour son autobiographie ne mentionnent de journal, de carnets ni de correspondance conservée. Rien, à ce stade, n'a été dit sur un fonds d'archives ou sur des manuscrits inédits.

Chez elle, l'écriture de l'intime a pris d'autres formes, et elles sont abondantes — elle était écrivaine à part entière, primée comme des essais autobiographiques, à partir de 1983 : 『巴里の空はあかね雲』 (Le ciel de Paris, nuages écarlates, prix de l'essai du Nihon Bungei Taishō), 『30年の物語』, 『私の人生 ア・ラ・カルト』, 『孤独という道づれ』 (2019).

Elle voulait être romancière, nourrie de Kawabata, et avait écrit une nouvelle, 『梯子段』 (Hashigo-dan), du temps où elle était apprentie aux studios Shōchiku d'Ōfuna. Kawabata, qu'elle avait rencontré dès le lycée en lui montrant ses textes, fut d'ailleurs témoin de son mariage avec Yves Ciampi.

Des reportages tirés de ses voyages : 『砂の界へ』 (Iran, Afrique) et 『ベラルーシの林檎』prix du Club des essayistes du Japon. 

Des romans à forte charge autobiographique, notamment 『わりなき恋』 (2013), inspiré de sa propre expérience amoureuse. Le récit de vie proprement dit : la série 私の履歴書 (« Mon curriculum vitae ») publiée dans le Nihon Keizai Shimbun en mai 2020, qu'elle a réécrite et développée à partir d'août 2020 pour en faire 『岸惠子自伝―卵を割らなければ、オムレツは食べられない』 (Iwanami, 1er mai 2021). Elle disait relire et retoucher sans cesse ses pages, et qualifiait elle-même le livre de « recueil d'essais autobiographiques » plutôt que d'autobiographie. Dernier titre en date : 『91歳5か月 いま想うあの人 あのこと』 (Gentōsha, mai 2024), galerie de portraits de disparus 

Sa mémoire semble avoir fonctionné sur le mode du rappel et de la réécriture tardive plutôt que de la notation quotidienne : à 89 ans, elle décrivait un travail nocturne de rédaction, passé de l'écriture manuscrite à l'ordinateur, et six heures par jour de composition pour l'autobiographie. Cela n'exclut pas des carnets de reportage — improbable qu'une journaliste de terrain au Proche-Orient n'en ait pas tenu — mais aucun n'est documenté ni publié. 

Suzuki Tadao

 

Retour à l'accueil