Avant le téléphone, la carte postale sert de messagerie urbaine : on l'utilise d'un quartier à l'autre pour fixer un rendez-vous au lendemain, comme on le faisait avec la carte de visite.

Plusieurs tournées de facteur par jour rendent ce fonctionnement crédible. C'est l'usage aujourd'hui le plus difficile à imaginer et le plus éclairant : la carte postale a été, à l'échelle d'une ville, un média de coordination logistique.

L'attache touristique se noue avec les expositions universelles : Paris 1889 pour la Libonis, Chicago 1893 pour les États-Unis, Paris 1900 pour l'industrialisation. La saisonnalité qui en découle demeure la structure économique du produit : 81 % des ventes françaises se concentrent de juin à septembre. 

C'est la circonstance d'usage la plus intense de toute l'histoire du média. En France, la franchise postale est décidée par décret du 3 août 1914 et appliquée par décision ministérielle du 14 août 1914 : la correspondance entre soldats et familles circule gratuitement. Les soldats disposent de cartes militaires réglementaires et de milliers de cartes civiles offertes par des entreprises ou des associations caritatives et patriotiques. Trois formes coexistent — carte postale, carte-lettre et carte en franchise — avec une grande diversité de modèles.

Les fonctions se superposent. Fonction vitale d'abord : en l'absence de téléphone, une carte griffonnée au crayon constituait la preuve tangible que le fils était toujours vivant, et rien n'était plus angoissant que l'absence de nouvelles. Fonction de propagande ensuite : dès la mobilisation du 2 août 1914, la carte devient un enjeu patriotique et stratégique, véhiculant dessins patriotiques et messages de « bourrage de crâne », instrument de la guerre de l'information. Fonction de contrôle enfin, l'écriture à découvert facilitant la censure.

La saturation logistique fut immédiate : les états-majors, qui croyaient à une guerre courte, n'avaient pas anticipé l'afflux ; les vaguemestres furent débordés dès le premier jour, les sacs s'accumulant aux dépôts de corps. Un témoignage publié dans le Journal des débats politiques et littéraires du 7 octobre 1914 rapporte le cas d'un chasseur alpin resté sans nouvelles de sa famille du 4 août au 12 septembre, informé seulement après quarante jours de campagne et une blessure.

Le vœu constitue l'autre grande circonstance, et la plus résistante. La carte de Noël naît en 1843 avec Henry Cole. Au Japon, le nengajō du Nouvel An mobilise un appareil postal spécifique — dépôt entre le 15 et le 25 décembre pour une distribution groupée le matin du 1er janvier — avec un pic historique de 4,4 à 4,59 milliards de cartes en 2003-2004. En France, le marché pèse environ 357 millions d'euros. Ce secteur de niche résiste à la digitalisation grâce à l'attachement des Français aux traditions, et il se divise principalement entre les cartes de vœux et les cartes postales touristiques.

A suivre

 

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