« En mon for extérieur… ». Quand le moi intime rencontre le monde dans La Perte de l’image de Peter Handke
11 août 2026/image%2F7219821%2F20260811%2Fob_971d74_hanke.jpg)
Qu’il s’agisse de Sorger dans Lent retour, Philipp Kobal dans La Répétition ou de Gregor Keuschnig dans L’Heure de la sensation vraie, Peter Handke a toujours mis en scène des figures de l’errance, des personnages nomades dont les trajets et les déplacements les emportent à la lisière du monde et du moi. Il s’agit en effet pour l’auteur autrichien d’explorer les frontières et les marges, ces périphéries qu’il qualifie d’espaces intermédiaires et qui entraînent les individus dans un mouvement centrifuge qui n’est pas que topographique, géographique, mais également personnel, existentiel et intime. Le roman La Perte de l’image n’échappe pas à la règle. En effet, dans ce roman, Peter Handke met en scène la banquière qui a quitté sa ville portuaire du Nord pour aller dans la Mancha où elle retrouve l’auteur qu’elle a chargé d’écrire un livre sur elle, plus précisément le récit de son voyage à travers la Sierra de Gredos effectué quelques années auparavant. Très vite, il apparaît que ce récit de voyage est indissociable d’une écriture de soi, d’une écriture intime dont le plus intérieur se situe dans les marges, à la périphérie du monde. Cette écriture, que l’on pourrait qualifier d’extime en ce sens qu’elle désigne une excentration de l’individu et de l’écriture de soi, ne se résume plus à un mouvement unilatéral d’introspection, mais se caractérise par un mouvement centrifuge. Il ne s’agit plus en effet, pour citer Albert Thibaudet, d’un « miroir de clairvoyance au repos où l’homme s’arrête de vivre pour comprendre », mais d’une « action énergique » se tournant vers les événements extérieurs au sujet qui se confronte alors à « la violence de l’extériorité de la surface des choses et de l’horizon des expériences ».
Source : Gauthier LABARTHE, « « En mon for extérieur… ». Quand le moi intime rencontre le monde dans La Perte de l’image de Peter Handke », L’Entre-deux, 7 (1) | juin 2020 | URL : https://www.lentre-deux.com/?b=104 | consulté le 11-08-2026