Selon Alain Boureau, « la norme épistolaire est une invention médiévale ». C’est en effet à la fin du XIIe siècle qu’apparaissent les premiers manuels d’ars dictaminis où sont définies les différentes parties de la lettre, qui sont au nombre de cinq : la salutatio, où s’établit le premier contact entre le destinateur et le destinataire, l’exordium, au sein duquel l’auteur de la lettre attire l’attention de son correspondant sur l’objet de son écrit, la narratio, c’est-à-dire le propos même de la lettre, la petitio ou « demande » et la conclusio. Véritable dialogue inter absentes, la lettre, qu’elle soit d’ordre public ou privé, nous renseigne sur la nature de l’information échangée et ses modalités de transmission. Miroir de l’âme, elle apporte aussi de précieuses informations sur les intentions de celui qui écrit et sur les liens qu’il entretient avec son destinataire. Au croisement de l’histoire et de la littérature, la lettre offre donc un terrain d’expérimentation privilégié pour la recherche pluridisciplinaire.

L’intérêt pour l’étude de la correspondance s’est du reste développé au cours des dernières années et plusieurs projets ont vu le jour. On citera, par exemple, deux programmes de recherche français menés par des historiens, spécialistes de la période médiévale. Dirigé par Thomas Deswarte et Klaus Herbers, le premier, appelé Epistola [« La lettre dans la péninsule Ibérique et dans l’Occident latin (IVe-XIe siècles) »] est un programme ANR dédié au genre épistolaire et en particulier à la correspondance pontificale. Le second, coordonné par Bruno Dumézil et Laurent Vissière, porte sur l’épistolaire politique. Par ailleurs, aux États Unis, un autre projet de recherche est actuellement mené par Joan Ferrante, Professeur émérite de l’Université de Columbia ; il est destiné à la constitution d’une base de données où sont éditées et traduites en anglais des lettres en latin adressées à des femmes ou écrites par elles entre le IVe et le XIIIe siècle. Enfin, certains travaux sont consacrés à des types particuliers de lettres, telles que les lettres d’amour ou les lettres insérées dans des textes littéraires.
 

Source : Patricia ROCHWERT-ZUILI et Hélène THIEULIN-PARDO, « Les lettres de femmes en Europe au Moyen Âge : quelques observations et un exemple », L’Entre-deux, 1 (1) | janvier 2017 | URL : https://www.lentre-deux.com/?b=1 | consulté le 11-08-2026

 

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