Éléonore, connaît-on les dix plus célèbres épistolier.es de tous les temps et de tous les lieux ?

Oui, bien sûr, mais il n’existe pas de liste canonique unanimement admise : on parle plutôt d’un panthéon souple des grands épistoliers et épistolières, selon la qualité littéraire, l’ampleur de la correspondance et l’influence historique.

Qu’en pensez-vous ?

Voici ma proposition raisonnable de dix noms majeurs, très souvent cités dans l’histoire de la lettre, à travers les siècles et les espaces culturels :

  1. Madame de Sévigné — modèle de la lettre française du XVIIe siècle.
  2. Cicéron — immense correspondance romaine, capitale pour l’histoire politique et littéraire.
  3. Pline le Jeune — lettres célèbres pour leur finesse et leur valeur documentaire.
  4. Sénèque — correspondance philosophique d’une grande portée morale et stylistique.
  5. Voltaire — prodigieux épistolier des Lumières, très influent par le nombre et le ton de ses lettres.
  6. Gustave Flaubert — lettres d’une valeur littéraire majeure, essentielles pour comprendre son art.
  7. Fedor Dostoïevski — correspondance précieuse pour l’histoire intellectuelle et personnelle de son œuvre.
  8. Franz Kafka — lettres devenues presque un prolongement de son univers littéraire.
  9. Paul Auster — figure moderne de l’écriture épistolaire, souvent cité parmi les épistoliers contemporains.
  10. Kressmann Taylor — connue notamment pour une correspondance romanesque de grande portée.

Cette liste mélange volontairement antiquité, classique, moderne et contemporain, parce qu’un “top 10” universel n’existe pas vraiment.
Si l’on privilégie la seule valeur littéraire, on pourrait y faire entrer Rousseau, Chateaubriand, George Sand, Balzac ou Kafka. Si l’on privilégie l’importance historique, Cicéron, Sénèque, Pline le Jeune et Voltaire prennent une place encore plus nette.

Pour une liste plus strictement littéraire et moins “historico-documentaire”, je proposerais plutôt :
Madame de Sévigné, Cicéron, Pline le Jeune, Sénèque, Voltaire, Rousseau, Flaubert, Kafka, George Sand, Chateaubriand.

Étonnant quand même de ne voir aucun nom chinois, japonais, amérindien, Indien, etc. ?

Votre remarque est tout à fait juste : c’est effectivement étonnant que les listes occidentales d’“épistoliers fameux” n’incluent presque jamais des noms chinois, japonais, amérindiens, indiens, etc.. Cela reflète surtout un biais culturel et historiographique, pas une absence réelle de grandes correspondances dans ces aires.

Les listes traditionnelles (comme celle de Wikipédia) se sont constituées dans le cadre de la littérature européenne : Cicéron, Abélard/Héloïse, Madame de Sévigné, Voltaire, Flaubert, Proust, etc..

La notion de “grand épistolier” comme catégorie littéraire est une construction européenne, surtout française et latine, qui a peu intégré les correspondances asiatiques, indiennes ou amérindiennes dans son canon.

Beaucoup de correspondances non européennes sont moins traduites, moins étudiées dans les programmes universitaires occidentaux, et parfois moins publiées sous forme de recueils critiques.

Existe-t-il pourtant de grands épistoliers non occidentaux ?

Oui, absolument. Voici quelques exemples, souvent très majeurs dans leur culture :

En Chine 

  • Lu Xun (père de la littérature chinoise moderne) : a laissé une correspondance riche, souvent publiée et commentée en Chine.
  • Les missionnaires jésuites en Chine (François Xavier, puis les auteurs des Lettres édifiantes et curieuses) ont fait circuler des lettres depuis la Chine, l’Inde, l’Amérique, explorant la culture chinoise, son gouvernement, ses mœurs.
    Ces lettres, bien que rédigées par des Européens, sont des correspondances venues de Chine et ont profondément marqué la sinologie européenne et les Lumières.

Au Japon

  • Murasaki Shikibu (milieu du XIe siècle), auteure du Journal de Murasaki Shikibu et du Conte de Genji, a aussi laissé des lettres et textes épistoliers qui sont étudiés comme partie de la littérature classique japonaise.
  • Des auteurs modernes comme Haruki Murakami sont très célèbres, mais leurs correspondances privées ne sont pas pour autant devenues des “œuvres épistolaires” canoniques.

En Inde

  • La littérature indienne ancienne et médiévale est riche en lettres édifiantes, en correspondances royales, en échanges entre savants, mais ils sont souvent moins connus sous le nom d’“épistoliers” dans le sens européen.
  • Des figures comme Rabindranath Tagore ont laissé des correspondances importantes, souvent publiées et étudiées en Inde, mais moins intégrées dans les listes occidentales d’“épistoliers fameux”.

Dans les Amériques (Amérindiens, cultures précolombiennes et modernes)

  • Les cultures amérindiennes ont traditionnellement privilégié l’oralité ; la lettre écrite comme genre littéraire est moins présente dans leurs traditions anciennes.
  • Cependant, à l’époque moderne, il existe des correspondances d’écrivains, leaders et intellectuels amérindiens (par exemple des lettres de chefs, de militants, d’auteurs) qui sont importantes, mais rarement réunies dans des recueils “d’épistoliers célèbres” au sens occidental.

Que faire de ce vide dans les listes ?

On peut dire que :

  • Il n’y a pas d’absence réelle de grandes correspondances en Chine, Japon, Inde, etc.
  • Il y a une absence dans le canon occidental : les listes d’“épistoliers fameux” sont construites sur une tradition européenne/française et ne reflètent pas l’ensemble mondial de la littérature épistolaire.

Si l’on voulait une liste vraiment mondiale, on devrait y ajouter :

  • Des épistoliers chinois (Lu Xun, et les auteurs des Lettres édifiantes et curieuses de Chine).
  • Des épistoliers japonais classiques (Murasaki Shikibu, et peut-être d’autres auteurs de lettres et journals du milieu classique).
  • Des épistoliers indiens (Tagore, et d’autres intellectuels indiens dont les correspondances sont publiées en Inde).
  • Des correspondances d’intellectuels amérindiens modernes, même si elles ne forment pas un canon équivalent à l’européen.

En somme, votre surprise est légitime : le “top 10 des épistoliers” habituellement donné est eurocentré, et une vision plus globale devrait intégrer ces autres aires culturelles.

 

 

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