Les Memoranda sont surtout un laboratoire d’écriture : Barbey y note des fragments de vie, des jugements, des scènes amoureuses et des réflexions où la lettre, la femme et le souvenir jouent un rôle central . L’étude de Marie-Françoise Melmoux-Montaubin montre que, dans les premiers Memoranda (1836-1839), l’écriture diariste est étroitement liée aux figures féminines — Louise, Paula, Apolline, puis plus tard Mme de Bouglon — et qu’elle sert à transformer l’échec amoureux en forme littéraire .

Le dossier des lettres à Louise Read est important, non seulement comme correspondance, mais aussi parce que Louise Read a joué un rôle de médiation éditoriale dans la transmission de certains textes de Barbey. Dans l’analyse critique des Memoranda, Louise apparaît comme une figure décisive : ses lettres rythment les journées du diariste et deviennent un moteur narratif et affectif . Autrement dit, les lettres à Louise ne sont pas seulement un document biographique ; elles participent à la fabrique même du “roman personnel” aurevillien .

Pour Hector de Saint-Maur, Armand Royer, Élisabeth Bouillet et Mme de Bouglon, il faut lire ces noms comme des destinataires ou relais qui inscrivent Barbey dans une pratique épistolaire très mobile, mêlant amitié, séduction, circulation manuscrite et mise en scène de soi . Point décisif : chez Barbey, la lettre remplace souvent la conversation, mais la conversation elle-même devient une forme de littérature, un monologue dramatisé adressé à un interlocuteur choisi . Mme de Bouglon, surtout dans le Cinquième Memorandum, marque une étape plus tardive, où la correspondance devient davantage gage d’amour, mémoire et circuit fermé du souvenir .

Les Memoranda et Omnia

Les Memoranda forment un ensemble composite : les deux premiers sont les plus cohérents et les plus littérairement féconds, tandis que les textes plus tardifs prennent parfois la forme de récits de voyage ou d’autobiographie rétrospective . On peut les voir comme un roman personnel où Barbey apprend à écrire, passe du journalisme à la littérature, et découvre que l’absence, la perte et le silence peuvent produire du texte . On y voit aussi que la femme n’y est pas seulement objet de désir, mais condition d’une voix, d’un destinataire et d’un style .

Omnia est présenté comme l’édition des cahiers de notes de Barbey d’Aurevilly, par Andrée Hirschi et Jacques Petit, publiée en 1970. Le volume s’inscrit dans la même logique que les Memoranda : recueillir les notes, réflexions et matériaux où se dessinent les thèmes majeurs de l’auteur — moraliste, penseur, pamphlétaire. En pratique, Omnia permet de compléter les Memoranda en donnant accès à un autre versant du travail d’écriture : moins autobiographique, mais tout aussi révélateur de sa pensée en formation.

Pour conclure, chez Barbey, la lettre, le journal et le carnet ne sont pas des genres séparés, mais des formes qui s’interpénètrent . Les correspondances donnent le rythme affectif ; les Memoranda transforment l’expérience en matière littéraire ; Omnia condense la pensée en notes et fragments. C’est précisément cette circulation entre écrit intime et écriture d’auteur qui fait l’intérêt majeur de l’ensemble .

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