Les écrits de l’Académie française (1ère partie). Une vaste constellation de textes — officiels, polémiques, administratifs, littéraires 

La trame historique de l’Académie française, ses écrits, ses règlements, son Dictionnaire, ses archives et sa fonction normative forment un ensemble cohérent : une institution née pour régler la langue, mais qui n’a cessé de produire autour de cette mission une vaste constellation de textes — officiels, polémiques, administratifs, littéraires — dont une grande partie est aujourd’hui consultable en ligne.

La fondation officielle de l’Académie française date de 1635, par lettres patentes de Louis XIII, sous l’impulsion du cardinal de Richelieu, qui en devient le « protecteur ». Les statuts précisent une mission centrale : conserver et perfectionner la langue française .

Les articles fondateurs sont explicites :

  • Article XXIV : « travailler […] à donner des règles certaines à notre langue et à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences ».
  • Article XXVI : composer un dictionnaire, une grammaire, une rhétorique et une poétique.
  • Article XLIV : édicter des règles d’orthographe qui s'imposent à tous.

Richelieu veut une langue normée, commune, non spécialisée, fondée sur le « bon usage » (héritage de Vaugelas). L’Académie doit être un magistère intellectuel national.

La rédaction (laborieuse) du Dictionnaire commence dès les années 1630, mais la première édition ne paraît qu’en 1694, soit 60 ans après la fondation. Le chantier est lent, conflictuel, souvent paralysé par les querelles internes (Anciens vs Modernes), les rivalités avec les dictionnaires concurrents (Richelet 1680, Furetière 1690), les exigences de pureté linguistique et la volonté de représenter la langue « dans son état de perfection » .

Le Dictionnaire de 1694 se distingue par un choix de mots plutôt que de « choses », l’exclusion des vieux mots et des termes spécialisés et une langue « du commerce ordinaire des honnêtes gens » . Il devient rapidement un instrument d’autorité : Louis XIV interdit même la publication d’autres dictionnaires avant celui de l’Académie (1674) .

Outre le Dictionnaire, l’Académie produit une vaste littérature institutionnelle. Chaque nouvel académicien prononce un discours, souvent brillant, parfois polémique. Ce corpus constitue une anthologie de la rhétorique française depuis le XVIIᵉ siècle. Les éloges des académiciens défunts sont un genre à part entière, héritier des pratiques classiques. À partir de 1667, l’Académie peut haranguer le roi lors d’occasions solennelles. Notamment sur la langue, les usages, les réformes orthographiques, les concours littéraires.

Les correspondances administratives de l’académie sont nombreuses : échanges avec le pouvoir royal, puis avec les ministères, sur les élections, les règlements, les conflits internes.

Les académiciens sont souvent des écrivains majeurs : La Fontaine, La Bruyère, Voltaire, Hugo, Claudel, Duras, Yourcenar… Leur présence donne à l’Académie une autorité symbolique sur la langue et la littérature.

Mais l’Académie produit aussi des textes collectifs, anonymes ou signés par le secrétaire perpétuel, qui constituent une écriture institutionnelle spécifique sobre, normative, stable, souvent conservatrice.

L’influence de l’Académie est réelle mais limitée. Elle ne légifère pas : ses décisions n’ont pas force de loi. Elle prescrit un usage idéal, mais la langue évolue par l’usage réel. Son Dictionnaire reste une référence symbolique, mais concurrencée par les grands dictionnaires modernes (Robert, Larousse).

Cependant elle a fixé durablement des normes orthographiques, elle a contribué à la stabilisation du français classique, elle continue d’émettre des avis sur les néologismes, les anglicismes, les féminisations, etc.

Ses écrits officiels incluent : les statuts, les règlements, les procès-verbaux, les avis linguistiques, les discours.

Les écrits polémiques sont nombreux : célébrissime querelle avec Furetière, débats sur les réformes orthographiques, controverses sur les élections (La Fontaine, Hugo, Zola), prises de position sur la féminisation des noms de métiers.

Toutes les éditions du Dictionnaire sont consultables en ligne sur le site de l’Académie (1694 → 2022). Les éditions anciennes sont également disponibles en papier (rééditions savantes).

Une grande partie est accessible en numérique sur le site de l’Académie et en papier dans les bibliothèques nationales (BnF, Arsenal, Mazarine).

Les archives de l’Académie (procès-verbaux, correspondances, dossiers d’élection) sont conservées dans ses locaux au Collège des Quatre-Nations, à la Bibliothèque de l’Institut, parfois à la BnF. L’accès est partiellement public : les documents publiés sont accessibles, les archives internes sont protégées, consultables seulement sur autorisation ou dans le cadre de recherches universitaires.

Les archives sont protégées comme patrimoine national : conservation en conditions contrôlées, numérisation progressive, restauration des manuscrits anciens.
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