Low Hillar, Harriett, dans le Dictionnaire épris des diaristes (ébauche) de Serge Bénard
12 août 2026/image%2F7219821%2F20260811%2Fob_ae8e1c_bco-77140999-fe3e-4460-9c57-bbf64af9a5.png)
Harriett Low Hillar, (1809–1877) naît le 18 mai 1809 à Salem (Massachusetts) dans une grande famille unitarienne engagée dans le commerce maritime. Elle mourra à Brooklyn en 1877.
Elle est la seconde des douze enfants de Seth Low, riche négociant actif entre Salem, New York, Londres et Canton, et de Mary Porter Low . En 1829, son oncle William Henry Low, négociant pour Russell & Co., l’emmène en Chine pour tenir compagnie à sa femme malade, Abigail Knapp Low. Harriett devient ainsi, avec sa tante, l’une des premières Américaines à vivre en Chine.
Harriett séjourne à Macao de 1829 à 1833, après une traversée de quatre mois ponctuée d’une escale à Manille. À Macao, elle découvre une société cosmopolite : peintres comme George Chinnery, marchands hong, médecins, employés de l’East India Company. Jeune femme célibataire, elle est invitée à de nombreux bals et dîners, tout en observant avec curiosité les mœurs locales. Elle tente même, déguisée en garçon, de visiter Canton, où les femmes sont interdites, provoquant un incident diplomatique .
De retour aux États-Unis en 1833, elle se marie en 1836 avec John Hillard, banquier. Le couple vit à Londres puis revient à New York en 1848 après la faillite de la banque. Harriett élève cinq filles (dont Mary Hillard Loines, future militante suffragiste) et trois fils, morts jeunes pour deux d’entre eux.
Harriett Low Hillard n’est pas une écrivaine au sens strict, mais une diariste majeure du XIXᵉ siècle américain. Son œuvre essentielle est son journal, tenu sous forme de lettres à sa sœur aînée Mary Ann (“Molly”). Ces écrits, d’une vivacité remarquable, témoignent de son goût pour la littérature, l’observation sociale et l’analyse morale.
Ce journal, rédigé entre 1829 et 1834, couvre son voyage vers l’Asie, son séjour à Manille, puis sa vie à Macao. Il est publié en 1900 sous le titre My Mother’s Journal: A Young Lady’s Diary of Five Years Spent in Manila, Macao, and the Cape of Good Hope, édité par sa fille Katharine Hillard. Une édition critique complète paraît en 2002 sous le titre Lights and Shadows of a Macao Life, éditée par Nan P. Hodges et Arthur W. Hummel.
Harriett est la première jeune Américaine à vivre en Chine. Son journal offre une vision féminine, vive et souvent ironique, du monde colonial, des marchands occidentaux, des coutumes chinoises et de la vie mondaine de Macao. On y voit une jeune femme de vingt ans évoluer vers une maturité morale et intellectuelle. Elle y exprime ses doutes, ses enthousiasmes, ses chocs culturels, et sa progressive tolérance envers des pratiques qui lui semblaient d’abord étranges .
Ses écrits jettent une lumière précieuse sur les rouages du commerce occidental en Chine, les contraintes sociales pesant sur les femmes de l'époque, ainsi que sur la complexité des réseaux marchands et les tensions inhérentes au système des « Treize Comptoirs ». Harriett s'y exprime avec un humour teinté d'une précision chirurgicale et une franchise parfois désarmante. Au fil de cette correspondance intime adressée à sa sœur, elle mêle habilement confidences personnelles, observations ethnographiques rigoureuses, portraits incisifs et réflexions morales profondes.
Ce journal est aujourd’hui une source majeure pour l’histoire des femmes, du commerce sino-américain et des échanges culturels au XIXᵉ siècle.