Né à Freshwater sur l’île de Wight le 18 juillet 1635, Robert Hooke s’éteint à Londres le 3 mars 1703. Diariste assidu, architecte investi dans la reconstruction londonienne, esprit polymathique et chercheur insatiable, il mena une existence d’une exceptionnelle intensité.

Issu d’un foyer cultivé mais modeste, ce fils du révérend John Hooke étudie de 1653 à 1663 à Christ Church, Oxford. C’est là qu’il se lie à Robert Boyle, dont il devient l’assistant pour concevoir les pompes à air dédiées à l’étude des gaz. Par la suite, il accède au poste de Curator of Experiments avant d’enseigner la géométrie au Gresham College à partir de 1665.

Son œuvre majeure, Micrographia (1665), pose les bases de la microscopie en révélant notamment la structure cellulaire du liège à travers des observations d’une fidélité inédite. Au lendemain du Grand Incendie de 1666, il collabore étroitement avec Christopher Wren à la réédification de la capitale, effectuant personnellement plus de la moitié des relevés topographiques. Malgré une reconnaissance scientifique indéniable, sa carrière fut jalonnée de querelles, en particulier avec Newton. Il laisse à sa mort en 1703 un journal intime unique en son genre.

Le quotidien d'un savant au XVIIᵉ siècle

Couvrant la période de 1672 à 1683, complété par des fragments plus tardifs, le journal de Hooke témoigne d’une vie citadine trépidante et mobile. Le savant partage son temps entre le Gresham College, la Royal Society et les célèbres cafés de Londres comme le Jonathan’s ou le Garraway’s.

Cette trajectoire est intimement liée à une santé fragile, marquée par des insomnies, des migraines et des douleurs dorsales persistantes qui pèsent sur ses relations, faites d’alliances intellectuelles, de dîners et de rivalités. Sa rigueur se manifeste aussi dans sa gestion financière, chaque journée étant assortie d’un relevé minutieux des dépenses. Son emploi du temps morcelé alterne entre recherches, surveillance de chantiers, débats érudits, achats et remèdes, comme le confirment les biographies et l'examen du manuscrit conservé à Londres.

Laboratoire scriptural et intellectuel, ce journal rend compte d’une activité continue : mise au point d’instruments (ressorts, horloges, télescopes, microscopes), relevés météo quotidiens, expériences sur la combustion, l'optique ou la respiration, et comptes rendus de la Royal Society. S'y mêlent des ébauches architecturales pour Londres et des intuitions techniques majeures qui font écho à ses grandes découvertes, de la loi de l'élasticité à la nature organique des fossiles, en passant par les mouvements planétaires et la théorie ondulatoire de la lumière.

Les sources contemporaines et biographiques décrivent à travers ces pages un homme accablé par ses responsabilités, sujet à l'irritabilité et à la jalousie (vis-à-vis de Newton notamment), obsédé par son rendement et le passage du temps, mais profondément isolé malgré une vie sociale intense.

Cette réalité se reflète directement dans la forme de l'écrit. Loin de toute introspection littéraire, Hooke consigne de simples faits de manière extrêmement concise, parfois en une seule ligne. Le texte combine l’anglais, le latin et diverses abréviations, le tout tracé d’une écriture dense et difficile à lire. Structuré comme un registre comptable mêlant dates, actions et frais, ce carnet s'apparente avant tout à un outil de travail et à un livre de bord scientifique.

Pour aborder les sujets sensibles (conflits, transactions financières ou relations privées) et protéger certaines recherches, le chercheur a recours à des procédés cryptographiques, employant des codes personnels et de simples initiales pour masquer l'identité des personnes visées.

La valeur exceptionnelle de ce document tient à plusieurs aspects : il illustre de façon directe la réalité tâtonnante de la science du XVIIᵉ siècle au cœur de la vie sociale, offre une chronique précieuse de la reconstruction de Londres après le Grand Incendie, et incarne le modèle unique d’un carnet savant non destiné à l'impression. Il dessine enfin le portrait psychologique d'un esprit génial et solitaire, tout en révélant une démarche méthodologique où l'acte d’écrire participe pleinement au processus de compréhension.


 

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