Amaury da Cunha, Le Monde, 3 juillet 2026.

Dans le journal que Pierre Bergounioux tient depuis quarante-cinq ans, dont paraît aujourd’hui le sixième volume,  on ne trouvera ni états d’âme ni introspection, ou encore moins impudeur. Pour cet écrivain né en 1949, auteur de plus de 60 livres, des récits autobiographiques comme Miette (Gallimard, 1995), des essais sur la littérature, de nombreux ouvrages conçus avec des artistes plasticiens, le journal relève d’un tout autre geste : consigner, jour après jour, avec une rigueur presque comptable, mais non sans chaleur, ce qui advient. Dans ce genre littéraire à part entière, l’écriture se confond avec le quotidien de son auteur , confiait-il au « Monde des livres » en 2012. Carnet de notes 2021-2025 Miette « J’écris ce journal pour rester le contemporain de mon temps. Je tente d’ajuster mes pensées au niveau, sinon de la raison, du moins de la réalité » , se demandait Peter Handke, dont l’œuvre de diariste est aussi publiée chez Verdier. La question semble aussi hanter, en creux, chaque entrée du journal de Bergounioux. Il y consigne ce qu’il fait, plus que ce qu’il pense, selon un ensemble de rituels : noter l’heure du lever (autour de 6 heures), le temps qu’il fait, enregistrer les premiers gestes du jour. Comme si chaque matin reconduisait la nécessité d’attester sa présence au monde.

 

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