Alejandra Pizarnik. Les trois volumes de ses journaux, une autobiographie de l’écriture
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Poétesse argentine, Alejandra Pizarnik est née en 1936 à Avellaneda, dans la banlieue de Buenos Aires, de parents juifs polonais ayant fui les persécutions — une partie de sa famille ayant été exterminée dans la Shoah . Elle meurt en 1972, à 36 ans, par suicide.
Son œuvre, brève mais fulgurante, se compose de poèmes, de fragments, de journaux et de lettres. Elle appartient à la constellation des écrivains pour qui la langue est à la fois instrument de survie et lieu d’agonie. Les critiques parlent d’un « laboratoire poétique » où chaque mot est arraché à la nuit. François Angelier résume ainsi son rapport à la langue : « Le langage est un chien mort qu’elle tente de ressusciter à coups de bâton » .
Les éditions Ypsilon publient depuis plusieurs années l’intégralité des journaux de Pizarnik. Le Journal III. Derniers cahiers 1964-1972 est le dernier volume, couvrant les huit dernières années de sa vie, celles où elle publie ses œuvres majeures et où son écriture se radicalise .
Ce volume est présenté par les critiques comme :
- la zone brute de son écriture, ce qui ne peut entrer dans les poèmes ;
- un laboratoire où elle expérimente, doute, se contredit ;
- un espace de survie, où elle tente de maintenir une langue qui se dérobe.
Marie Sorbier insiste sur la fonction du journal : « La poésie est la forme pure ; le journal est la forme brute » .
- Découverte de la vocation : dès 19 ans, elle ne veut « que écrire » .
- Construction d’un personnage intérieur : solitude, hypersensibilité, sentiment d’exil.
- Premiers combats avec la langue : elle cherche une voix, une forme, une intensité.
- Le journal sert de tremplin vers la poésie : notes, esquisses, tentatives.
Tonalité : diarisme adolescent, fiévreux, déjà hanté par la mort et la pureté du poème.
- Le journal devient un atelier : elle y teste des images, des rythmes, des fragments.
- Apparition du « double » : celle qui écrit et celle qui regarde écrire.
- Intensification du rapport à la nuit, au silence, à la disparition.
- Le journal se fait lieu de crise : doutes, angoisses, sentiment d’imposture.
Tonalité : plus conceptuelle, plus travaillée ; un espace de tension entre vie et œuvre.
- Le journal devient un champ de bataille : lutte contre la dépression, les médicaments, les séjours en clinique.
- La langue se fragmente : aphorismes, cris, notations fulgurantes.
- Le rapport au poème devient extrême : elle veut atteindre une pureté impossible.
- Le journal révèle ce que les poèmes ne peuvent contenir : rage, désespoir, désir de silence.
- Les critiques parlent d’un désespoir de résurrection de la langue, toujours manquée .
Tonalité : brutale, déchirée, parfois hallucinée ; un document bouleversant sur la fin d’une vie vouée à la poésie.
Ce que révèlent les trois journaux
- Journal I : naissance d’une voix.
- Journal II : construction d’un atelier poétique.
- Journal III : effondrement et lucidité terminale.
Ensemble, ils forment une autobiographie de l’écriture : non pas la vie racontée, mais la vie telle qu’elle se dépose dans la langue.
Ils montrent une poétesse qui cherche à faire du poème un lieu de vérité absolue — et qui, ne pouvant y parvenir, laisse dans le journal les traces de cette quête impossible.