Marie du Deffand dans le Dictionnaire épris des diaristes (ébauche) de Serge Bénard
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Marie de Vichy-Chamrond, marquise du Deffand, est née le 25 septembre 1697 au château de Chamrond à Ligny-en-Brionnais, en Bourgogne, et est morte à Paris le 23 août 1780 ; elle fut une grande figure des Lumières, tenue pour l’une des plus fines femmes d’esprit de son siècle. Son nom reste surtout attaché à son salon parisien et à ses lettres, qui sont devenues un classique de la prose française.
Cette grande dame trouve naturellement sa place ici en raison de son caractère exceptionnel, mais aussi parce que la lecture de ses lettres (en fait un journal personnel et intime) m’a permis de découvrir un être dont je partage volontiers au-delà des siècles les doutes et les convictions : « Il n’y aurait, écrit-elle, que deux plaisirs pour moi dans ce monde : la société et la lecture ». Sans doute sa société et la mienne sont-elles largement différentes, mais le plaisir de l’observer, de la juger, de la critiquer doit être le même. Quant à la lecture…
Je sais depuis longtemps que les femmes de tête – celles qui allient intelligence et finesse – ont trop souvent été ignorées ou écartées des louanges et des célébrations officielles au profit de la gent masculine, comme si de droit, revenait à celle-ci la faculté d’une intelligence supérieure et d’une virtuosité insurpassable dans l’usage de l’esprit, de la parole ou de l’écrit. Il n’en est rien et l’avenir verra sans doute exhumées maintes signatures cloîtrées, enterrées, enfouies ou cachées à la vue du public, parce que estimées mineures ou inférieures, sous prétexte qu’elles font de l’ombre aux hommes.
Épistolière majeure, Mme du Deffand tient son talent à un mélange rare de vivacité, de lucidité et d’ironie, avec un art très sûr de la formule brève et du jugement mordant. Ses lettres à Horace Walpole, à Voltaire, à d’Alembert, à Montesquieu, au président Hénault, à la duchesse du Maine, à Mme de Choiseul, au marquis d’Argens ou au chevalier d’Aydie figurent parmi les ensembles les plus connus de sa correspondance.
Après sa séparation d’avec son mari, elle tient à partir de 1749 un salon célèbre rue Saint-Dominique, dans l’ancien couvent des Filles de Saint-Joseph. Ce salon attira encyclopédistes, gens du monde et hommes d’État; il se distinguait par la qualité sociale de ses invités autant que par la vivacité intellectuelle des échanges.
Parmi ses proches, on compte le président Hénault, Voltaire, Montesquieu, d’Alembert et, plus tard, Horace Walpole; le cercle de ses relations comprend aussi Mme de Staël, Mme de Choiseul, la duchesse du Maine et le marquis d’Argens. Son ennemie la plus célèbre fut sans doute Mlle de Lespinasse, d’abord sa compagne, puis la rivale qui provoqua une rupture retentissante dans son entourage.
Madame du Deffand joua un rôle d’intermédiaire entre la haute société, la politique et la République des lettres. Elle incarnait cette sociabilité du XVIIIe siècle où le salon remplaçait partiellement la Cour comme centre de l’opinion et du prestige intellectuel.
La postérité de Madame du Deffand vient surtout de ses lettres à Horace Walpole, publiées au début du XIXe siècle et souvent rééditées depuis. Elles ont été jugées essentielles pour comprendre le XVIIIe siècle, non seulement pour leur valeur littéraire, mais aussi comme témoignage vivant sur les mœurs, les esprits et les tensions du temps.