Le temps qui passe. Le coupe-papier de Sartre
22 mai 2026/image%2F7219821%2F20260522%2Fob_5facd3_copilot-20260509-103341.png)
Pour Jean-Paul Sartre, dans L’existentialisme est un humanisme, chez l’humain, l’existence précède l’essence. Pour les objets c’est l’inverse, et Sartre prend l’exemple du coupe-papier. Avant d’exister, celui-ci doit être pensé par quelqu’un et conceptualisé en fonction d’une certaine utilité. C’est son essence, laquelle précède son existence : il sera fabriqué pour répondre à une certaine fonction. Du reste, il sera toujours un coupe-papier, à la différence de l’humain qui ne répond a priori à aucun concept qui deviendra ce qu’il a envie d’être… ou ce qu’il pourrait être, ou encore ce que la société lui permettra d’être.
Dans mon enfance et plus tard, les livres n’étaient pas massicotés comme aujourd’hui. Il fallait, avant de le lire, user d’un coupe-papier pour séparer les pages lorsqu’elles ne l’étaient pas, ce qui arrivait le plus souvent, excepté pour la Bibliothèque verte ; peut-être pour éviter les accidents. Ma modeste petite collection de coupe-papiers me rappelle ces opérations parfois fastidieuses dont je pensais être épargné à tout jamais. Erreur ! Je viens de lire De bibliotheca d’Umberto Eco, récemment acquis, et j’ai eu la surprise d’avoir à couper les pages de ce beau petit livre. Heureusement, grâce à plusieurs de ces instruments en métal, en bois ou en os, je suis paré ! S. B.