Le billet d'Irène Bertin. Le loser (la ressemblance avec un personnage existant n'est pas fortuite...)
22 mai 2026
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Le matamore est, en littérature, le faux brave par excellence : un personnage qui affiche une assurance guerrière ou morale disproportionnée, mais dont la grandeur repose surtout sur le verbe, la pose et l’esbroufe. C’est moins un héros qu’un théâtre de bravade : il parle comme un conquérant, se donne en spectacle, et laisse voir par excès même ce qu’il prétend cacher, à savoir sa faiblesse ou sa médiocrité.
Dans son sens historique, le mot désigne d’abord un personnage de comédie espagnole, souvent représenté en costume voyant, au geste ample et au discours tonitruant, vantant des exploits imaginaires contre les Maures. Par extension, le terme s’est imposé en français pour nommer tout fanfaron, bravache ou hâbleur, avec une nuance littéraire plus vive que le simple mot « fanfaron ».
Si l’on veut une définition plus littéraire, on peut dire ceci : le matamore est une figure de l’illusion de force, un personnage dont l’orgueil verbal devient objet de comédie, et parfois de satire, parce que le texte le construit comme une grandeur vide. Chez lui, la parole remplace l’action, et l’emphase révèle le ridicule.
En résumé, le matamore n’est qu’un homme qui s’est fait une armure de mots, faute d’avoir jamais porté le moindre courage. Il tonne, il s’agite, il menace ; mais tout en lui sent le vide, comme ces grands tambours qui font beaucoup de bruit parce qu’ils sont creux.
Il prend la pose du héros, et n’offre que la grimace du fanfaron. Son audace n’est point une vertu : c’est une manière d’occuper l’air, de masquer sa petitesse sous une abondance de gestes et de phrases. Il veut paraître terrible ; il n’est que ridicule.
Sa voix est haute pour suppléer à sa valeur. Il grossit tout, surtout lui-même ; et dans cette disproportion continuelle, il se découvre entier : vaniteux, vain, bruyant, inutile. Il ne combat pas, il se raconte ; il ne vit pas, il se met en scène. C’est assez pour le faire admirer de lui seul, et mépriser de tous.