Le raciste ordinaire est un personnage fascinant, présent dans sa constance. On le reconnaît à son éternel souffle de martyr incompris, ce souffle las qu'il pousse avant de délivrer, avec la gravité d'un oracle de cuisine, son fameux : «Je ne suis pas raciste, mais... ». À ce stade, tout le monde sait que le «maïs » va peser plus lourd que la Tour Eiffel, mais lui persiste à croire qu'il vient de prononcer une formule magique d'innocence.

Il se veut franc, authentique, courageux — un dissident de comptoir qui, entre deux cafés tièdes, se persuade qu'il dit tout haut ce que «les autres » n'osent pas dire. Il ne voit pas que «les autres » n'osent pas dire ces choses pour une raison très simple : ils ont encore un peu de décence.

Son univers mental est un théâtre d'ombres où quelques anecdotes deviennent des lois naturelles. Un voisin bruyant? Preuve irréfutable d'un déclin civilisationnel. Un fait divers lu en diagonale ? Confirmation éclatante de ses intuitions. Il collectionne les généraux comme d'autres collectionnent les timbres, mais avec moins de délicatesse.

Le raciste ordinaire adore la logique, surtout quand elle lui évite de réfléchir. Il se drape dans le «bon sens » comme dans une toge romaine, persuadé d'incarner la sagesse populaire alors qu'il récite, sans le savoir, le catéchisme de ses peurs.

Il n'est pas marchand, dit-il. Juste lucide. Et s'il lui arrive de hausser le ton, c'est uniquement parce qu'il aime son pays — un pays qu'il imagine minuscule, fragile, menacé par tout ce qui passe par la taille d'un paillasson.

Le raciste ordinaire n'a rien d'extraordinaire. C'est peut-être là, justement le problème.

 

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