Lettres des premiers jésuites : Rome-Messine, 1549. Essai sur le genre de la correspondance
30 mai 2026Communication & langages 2016/3 N° 189 Pages 107 à 123
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Ignace de Loyola
Le projet de travailler sur les « correspondances jésuites » [1] m’est venu dans une période où j’avais décidé de m’intéresser à ce qu’on appelle la « littérature spirituelle », particulièrement dans sa grande floraison du xviie siècle, avec pour objectif principal de tenter de répondre à une énigme, qui était celle de la possibilité même de cette littérature, dans la mesure où elle s'autorise du modèle d’une interlocution liée à la relation de direction spirituelle : seule cette autorisation la garantissait comme geste adressé, geste pour autrui, et non pas comme acte propre, acte d’amour-propre. Une littérature paradoxale donc, puisqu’elle s’adossait à un modèle qui prescrivait l’écriture : l’un des traits les plus remarquables des Exercices spirituels tels qu’ils s’élaborent dans la tradition de la Compagnie de Jésus, au tournant de la première moitié du xvie siècle, et constituent une forme de paradigme de la relation spirituelle moderne, est précisément leur oralité exclusive [2]. L’écriture spirituelle – reçue aujourd’hui comme littérature – était une écriture par défaut, dictée par l’absence et qui, dans la mesure où elle cherchait un effet de présence, ne pouvait qu’aspirer à son propre effacement.
Comment retourner ce principe d’impossibilité en tentant de penser cette écriture dans ses spécificités comme le produit d’un modèle d’interlocution d’une part, d’une proscription d’écrire d’autre part. Comment cette littérature produit-elle sa propre dissolution, qui est sa condition d’impossibilité ?
Voir plus : https://shs.cairn.info/revue-communication-et-langages1-2016-3-page-107?lang=fr
Notes
- [1]
Une premiere version de cette étude à été publiée dans le volume coordonné par Rafael Gaune Corrado et Veronica Undurraga, Formas de control y disciplinamiento, Santiago, Uqbar Editores, 2014. - [2]
On peut suivre dans le détail la discussion de ce choix dans la préparation du Directoire des Exercices (1599). Voir Pierre Antoine Fabre, « La circulation de la force dans les Exercices spirituels d’Ignace de Loyola », Rivista di Storia del Cristianesimo, 1/2010. La contribution d’Andrea Catellani à ce même dossier apportera sur ce point des éclairages complémentaires.