Au début du XVIIe siècle, les imprimeurs et les libraires chercheront à conquérir de nouveaux lecteurs, en particulier dans la France rurale et dans les territoires restés éloignés des centres urbains. C’est ainsi qu’à côté de la vente par correspondance, réservée à des clients aisés, apparaîtra bientôt une littérature populaire que l’on prendra l’habitude de désigner comme “la Bibliothèque bleue“. Ses ouvrages seront diffusés dans tout le pays par un canal de distribution parallèle à celui des librairies : le colportage.
C’est à Nicolas OUDOT, membre d’une dynastie d’imprimeurs-éditeurs installés à Troyes, que revient le mérite d’avoir été le premier, dès 1602, à proposer ses livres à un public habituellement délaissé. Pour que l’affaire soit rentable, il faut jouer sur le coût de fabrication de publications de petit format – la très grande majorité de la production allant de 12×7 cm à 22×15 cm – réalisées avec du papier de basse qualité, à la trame grossière, à la fois fin et fragile. Quant à l’impression, peu soignée, elle se fait souvent à l’aide de caractères usés et de bois gravés réutilisés à de multiples reprises pour les illustrations. Souvent dépourvus de dates, de tables des matières et de noms d’auteurs, ces livrets souffrent d’un encrage irrégulier, de lettres mutilées et de gravures imprécises, auxquels s’ajoutent de nombreuses erreurs typographiques et une pagination fantaisiste. Le texte lui-même a souvent été considérablement abrégé pour le faire tenir dans un nombre limité de feuilles. Généralement, le nombre de pages des livrets va de 8 à 200, la plupart en comptant moins d’une trentaine. L’objectif premier de l’imprimeur est d’imprimer à moindre coût, très vite et en grande quantité, afin que le prix de vente reste à la portée d’un public peu fortuné.