Eugénie de Guérin épistolière du XIXe siècle, sorte de continuation de Mme de Sévigné. Découverte, encensée puis trahie par Barbey d'Aurevilly
01 mai 2026Romantisme Année 1995 90 pp. 51-59
Fait partie d’un numéro thématique : "J'ai toujours aimé les correspondances..."
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Eugénie de Guérin apparaît comme une épistolière sur mesure, sorte de continuation de la tradition Sévigné mise au goût sentimental du XIXe siècle. Elle fut publiée, on serait presque tenté de dire inventée, d'abord par Barbey d'Aurevilly — qui la comparait à une Julie de Lespinasse plus accessible aux foules. En publiant ses Reliquiœ (1855) après sa mort, il mit d'emblée l'accent sur son absence d'éducation, sa sainteté, son admirable dévouement à son frère, et l'absence chez elle de toute ambition littéraire :
La simple fille de la terrasse du Cayla n'était pas une Corinne. [...] Coupe incessamment inclinée, elle versait [la poésie] en rais invisibles et en imbibait tout comme une rosée.
La faire lire participe donc d'une véritable opération anti-bas-bleus, car « cette fille de naturel inconscient, de piété et de solitude, qui écrivit comme elle respira, est le plus saisissant contraste qui existe avec cette insupportable race ». Conscient que l'écriture d'un journal et de lettres peut cependant mener les femmes à la littérature, Barbey ne peut s'empêcher d'ajouter :
“Hélas, si elle avait vécu plus longtemps [...] la faiblesse des plus purs comme des plus forts est si grande qu'elle se serait peut-être enivrée à cette coupe, que les âmes, émues par elle, appellent son génie, et l'auteur, la femme littéraire qu'elle ne fut jamais, aurait bien pu commencer de poindre et apparaître. Qui sait ?... elle se fût peut-être bleuie.”
Voir plus : https://www.persee.fr/doc/roman_0048-8593_1995_num_25_90_3052#roman_0048-8593_1995_num_25_90_T1_0057_0000
Eugénie de Guérin, mémoire vivante
Malgré son absence des histoires littéraires, Eugénie de Guérin survit dans le monde des lettres. Je me suis appuyée sur l’ouvrage de Carole Wrona, Le Roman d’un livre (Atlantes, 2024) qui se lit comme un roman…