« Pour certains il est si facile de vivre, ils n’ont qu’à se laisser aller. Ils glissent. Moi je dois toujours escalader des montagnes que d’ailleurs je n’escalade pas. »
 

Eugène Ionesco, Journal en miettes (1967)

 

 

On croit connaître Ionesco. On sait qu'il est un écrivain roumain, qu'il a écrit des pièces de théâtre un peu farfelues, qu'il était un des grands amis de Cioran... Et on pense souvent, à tort, que son talent ne s'exprime que dans son célèbre "théâtre de l'absurde", terme qu'il n'affectionnera d'ailleurs jamais beaucoup, mais pour lequel il est considéré comme le roi du genre. Dans le Journal en miettes, sorte de journal intime non daté dans lequel il consigne ses souvenirs, ses réflexions diverses et ses opinions littéraires, l'on découvre un autre homme : plus torturé, plus sombre, extralucide sur le monde qui l'entoure et sur sa condition de mortel, volontiers pessimiste... Ionesco confie ses angoisses et ses préoccupations, laisse s'exprimer ses questionnements incessants, parle de ses rêves et tente d'en comprendre les significations. Il se dévoile tel qu'il semble être fondamentalement à travers les pages ; pétri de doutes, anxieux, névrosé, tourmenté par l'idée de la mort qui ne le quittera jamais.

 

Dans son unique roman Le Solitaire (1973), il fait parler son personnage principal, usé par la vie, dans des pages lucides et mordantes : 

 
"Aimer les gens, cela me semblait plus ardu. Ne pas les détester, d'accord. Mais les aimer, ces créatures qui bougent, qui parlent, qui s'agitent, qui font du bruit, qui exigent, qui désirent, qui crèvent ? C'était plutôt comique." 
 

C'est cette facette de Ionesco qui nous intéresse ici. Peut-être parce qu'elle offre un éclairage intéressant sur la pensée d'un homme souvent réduite à ses oeuvres les plus célèbres. A la lueur de son pessimisme, notamment, le grotesque de celles-ci prend une tout autre dimension, plus subtile...

 

Voir plus : https://www.anthologialitt.com/post/ionesco-et-la-nostalgie-de-vivre

 

 

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