Les journaux intimes juifs sous le national-socialisme.
02 mai 2026
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Le philologue juif allemand Victor Klemperer a tenu de 1933 à 1945 un journal secret, espace clandestin de liberté d’expression dans lequel il peut affirmer son identité individuelle et s’opposer au régime. Publié en deux volumes intitulés Mes soldats de papier et Je veux témoigner jusqu’au bout, il témoigne de la manière dont le diariste a trouvé un mode de notation et de narration quotidien sous le régime nazi.
p. 71-79
https://doi.org/10.4000/itineraires.1119
L’objet de la réflexion porte sur la relation dialectique entre le politique et l’intime dans les journaux intimes de diaristes juifs sous le national-socialisme. L’analyse se concentre en particulier sur les écrits de Victor Klemperer. Il s’agit de montrer que l’écriture diaristique dans de telles conditions représente un acte de résistance et de survie.
Le journal se révèle un genre extraordinairement répandu « dans les moments où la subjectivité de l’homme apparaît menacée1 ». C’est pour cette raison que sous le Troisième Reich, le journal critique devient un contre-pouvoir face à la désindividualisation et à l’instrumentalisation des personnes :
Surgit alors le journal, dissimulé ou caché, force naturelle d’opposition à la dictature des masses technicisées. Le Moi individuel, qui avait goûté à la liberté en Europe, ne veut plus se taire. Limité, apprivoisé, humilié et blessé, le Je se cabre, opiniâtre et doutant de sa force contre l’étau mortel du Seulement-nous2.
Sous le Troisième Reich, période qui coïncide pour le peuple juif avec une crise tant civilisationnelle qu’existentielle et psychique, le genre avait pris une importance particulière puisqu’il s’agissait à ce moment d’essayer de surmonter cette crise et de porter un témoignage sur l’Holocauste, un témoignage à la fois intimement personnel et hautement public. L’objet de notre réflexion dans le présent article porte sur la relation dialectique entre le public et l’intime dans les journaux intimes de diaristes juifs sous le national-socialisme. L’analyse se concentrera, à titre d’exemple, sur les écrits de Victor Klemperer dont le journal montre de manière impressionnante comment l’intime et le politique sont étroitement liés sous la dictature nazie.
Voir plus : https://journals.openedition.org/itineraires/1119