Marie Lenéru et la Grande Guerre. L'engagement pacifiste d'une femme de lettres
03 mai 2026"Ces criminels étourneaux parlent des « passions humaines », mais où sont les passions humaines dans cette course à l’héroïsme et au sacrifice universel ? Et la conclusion sacrilège qu’ils tirent de ce déchirant martyre c’est que « l’homme est un loup pour l’homme » !"
Marie Lenéru
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Lettre à Rachilde (1916)
in Journal de Marie Lenéru, G. Crès et Cie (1922)
Nous publions ci-après de nombreux extraits choisis de cette grande oeuvre qu'est le Journal (G. Crès et Cie, 1922) de la dramaturge Marie Lenéru (1875-1918), qui consacra les derniers chapitres de ses cahiers, avec une verve remarquable, au massacre de la Première Guerre mondiale. On y trouvera également les extraits de sa correspondance, dans lesquels elle évoquait le conflit, et qu'elle recopia, "pour ne rien oublier". S'opposant à toute vision idéalisée de la Guerre, — notamment entretenue par certains artistes et intellectuels de l'époque —, sans langue de bois, avec courage et liberté de ton, Marie Lenéru décrivit avec une étonnante lucidité l'horreur que lui inspira cette gigantesque entreprise de destruction ; annihilation de la jeunesse, volontés destructrices des dirigeants et des grandes puissances, hypocrisie des "va-t-en-guerre" de l'époque, responsabilité de la propagande, inertie morale d'une partie de la population. Ces propos sont marquants, et doivent être lus. Un devoir de mémoire, — un autre —, assuré par une femme de tempérament, qui rendit les plus beaux hommages possibles à ces âmes perdues ; celui d'avoir compris leur souffrance, et celui de s'être fait leur porte-voix, à l'arrière, le temps du conflit.
Marie Lenéru mourut de la grippe espagnole peu avant l'armistice, le 23 septembre 1918.
