« Je ne voudrais pas être directeur d’un Opéra impérial quel qu’il soit. Jamais, au grand jamais ! C’est un travail usant, un rocher de Sisyphe, et il faut les solides épaules d’un Atlas pour porter un tel fardeau. Je peux en parler car je le sais d’expérience. Durant une nuit entière, j’ai été le personnage principal de cette histoire. J’étais directeur de l’Opéra impérial d’une grande ville de mon pays. S’il s’agissait de Pékin ou de Nankin, ou d’une quelconque ville de l’Empire céleste au nom si mélodieux en « kin », je ne le sais plus très bien. Quoi qu’il en soit, j’étais directeur, et je savais que je l’étais, car mon miroir, que je regardais à nouveau depuis le funeste jour où je pris cette terrible fonction, me le confirma. Au début, je fus en effet quelque peu étonné du changement de mon apparence physique. Comment est-il possible, m’écriai-je, que depuis le peu de temps que j’occupe cette fonction, les soucis, le dur labeur, les contrariétés, les peines et les déceptions aient pu faire de moi un être repoussant ? 

Voir plus : https://books.openedition.org/contrechamps/2235

8 novembre 1885 [n° 62]

p. 212-214

Wolf, Hugo. « Un rêve. Extrait du journal intime d’un Chinois ». Chroniques musicales (1884-1887), édité par Georges Starobinski, Éditions Contrechamps, 2004, https://doi.org/10.4000/books.contrechamps.2235.

 

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