Marie Catherine Sophie de Flavigny, née le 31 décembre 1805 à Francfort-sur-le-Main d’un père noble émigré français et d’une mère issue d’une famille de banquiers allemands, est une femme de lettres emblématique du romantisme français. Éduquée au Sacré-Cœur à Paris puis en Touraine, polyglotte et musicienne accomplie, elle épouse en 1827 le comte Charles d’Agoult dans un mariage de convenance, dont naissent deux filles, Louise (morte en 1834) et Claire. Sa vie bascule en 1833 avec sa passion pour Franz Liszt, qu’elle suit en Suisse et en Italie jusqu’en 1839, donnant naissance à Blandine, Cosima (future épouse de Wagner) et Daniel. Sous le pseudonyme masculin de Daniel Stern, elle publie romans (Nélida, 1846), essais et l’Histoire de la Révolution de 1848 (1850), tenant un salon républicain sous le Second Empire. Morte le 5 mars 1876 à Paris, elle incarne l’émancipation féminine par l’écriture et l’indépendance morale.


Mémoires, souvenirs et journaux de la comtesse d’Agoult (Mercure de France, éd. augmentée 2007 ; orig. posthume 1927) rassemble des fragments autobiographiques inachevés : Mes Souvenirs (1806-1833, publ. 1877), mémoires (1833-1854), notes et journal intime (1837-1839). Écrits dans les années 1860-1870 mais publiés après sa mort, ils s’inscrivent dans la tradition mémorialiste romantique (Chateaubriand, Genlis, Sand), au cœur d’une société post-1848 marquée par les révolutions, le libéralisme et les questionnements sur la femme libre. L’ouvrage éclaire le « drame » de sa liaison avec Liszt et sa transition vers une carrière littéraire, critiquant les conventions sociales dans une ère de romantisme exalté et de réformes morales.
Ces textes, lacunaires mais poignants, captivent par leur sincérité introspective et leur style poétique, mêlant anecdote vivante et analyse philosophique. Ils révèlent une femme noble, tourmentée par la passion et l’isolement, aspirant à une société plus juste où l’amour échappe aux préjugés. Malgré des ellipses, l’ensemble témoigne d’une conscience aiguë, préfigurant les combats féministes.
L’ouvrage, structuré en parties thématiques (La Passion, Années incertaines, Mes respects et mes curiosités), adopte une écriture goethéenne : « Vérité et Poésie », éliminant le superflu pour une vérité idéale, sans photographie brute. L’avant-propos insiste sur la liberté et la nécessité dans la passion, critiquant un mariage sans amour qui étouffe l’âme romantique. Le cœur narratif, la liaison avec Liszt (1833-1839), est un « drame » psychologique : exaltation initiale (« Ecce Deus fortior me »), voyages italiens (journal de Nohant, Côme, Venise), puis rupture en 1844 due à des oppositions de tempérament et à la vie publique de Liszt. Le journal intime (1837-1839) offre des impressions spontanées, tandis que les mémoires analysent l’évolution : de l’étouffement aristocratique à l’épanouissement littéraire (maison Rose, salon), avec une morale progressiste sur l’amour et la société future, où « la loi des attractions » prévaudra. Style lyrique et introspectif, citations (Dante, Goethe), le texte transcende le personnel pour un témoignage historique, sincère et édifiant, malgré les lacunes manuscrites. 

 
 
 
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