La grande – et peut-être même la première – star des journaux intimes est sans doute Samuel Pepys (on prononce « Pips »), un Londonien qui dans la seconde moitié du XVIIe siècle a chroniqué pendant neuf ans sa très agitée vie quotidienne, pour le bonheur des lecteurs comme des historiens. Car l’époque reflétée n’était pas moins agitée – la restauration monarchique en 1660, une épidémie de peste cinq ans plus tard et le grand incendie qui a détruit 80 % de la City l’année suivante. Pepys ratissait large, socialement sinon géographiquement. De Londres il évoque aussi bien le petit peuple – commerçantes, prostituées, actrices – que celui de l’aristocratie ou de la politique, dont il était proche en tant qu’un des hauts responsables de la marine britannique. Son monumental ouvrage (six volumes, 1 250 000 mots) ouvre une lucarne sur l’Angleterre de la fin du XVIIe depuis les mœurs (extrêmement dissolues) de la cour du roi jusqu’au fonctionnement de l’administration militaire, où sévissait une corruption décomplexée. On le voit se balader d’un bout à l’autre de la ville, en coche d’eau sur la Tamise ou en voiture à cheval, et d’un pub à l’autre (où il se pique le nez avec des amis en lutinant les serveuses) avec parfois un détour par l’église – il s’y endort pendant les sermons à moins qu’il n’examine les paroissiennes avec sa petite longue vue de poche. C’est un viveur et un farceur. Ainsi un jour qu’à nouveau tourmenté par sa spectaculaire libido il va rejoindre une demoiselle, il réalise que sa femme le suit, et entraîne la malheureuse derrière lui dans un long circuit à travers la ville… Entre grands évènements, tragédies, cocasseries et surtout friponneries, c’est un témoignage inestimable sur cette fin du XVIIe que livrent les pages de ce journal qui « laissent aussi émerger du passé un personnage unique par sa fascinante mais inquiétante vivacité », commente Dwight Garner dans le New York Times. Les pages accessibles du moins – ce qui exclut toutes celles qu’il a rendues inintelligibles pour dissimuler ses turpitudes. 

 

Voir plus  : https://books.actualitte.com/le-journal-tres-intime-de-samuel-pepys/

The Confessions of Samuel Pepys: Private Revelations From Britain’s Most Famed Diarist de Guy de la Bédoyère, Pegasus Books, 2026

 

 

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