Grimm, Ariane, dans le Dictionnaire épris des diaristes (ébauche) de Serge Bénard
10 juil. 2026/image%2F7219821%2F20260710%2Fob_f8bb5a_bco-77140999-fe3e-4460-9c57-bbf64af9a5.png)
Grimm, Ariane, de son vrai nom Annick Denise Martigny, est une diariste française née à Suresnes en 1967 et morte à 18 ans dans un accident de moto à Roses, en Espagne, en 1985. Son cas est singulier par la précocité, la continuité et l’ampleur d’une œuvre commencée dès l’enfance et presque entièrement conservée.
L’univers d’Ariane Grimm est d’abord celui d’une écriture de soi très précoce. Avant même de savoir écrire, elle dictait des lettres et des comptes rendus de ses journées, puis, dès 7 ans, a commencé à tenir des carnets, avant d’écrire des journaux à partir de 10 ans. L’ensemble ne relève pas seulement du journal intime au sens classique : c’est une constellation de cahiers de mémoires, notes, listes, lettres à sa mère, autobiographies, récits, dessins, photomontages, enregistrements et cahiers de chansons et de poésies. Le fonds conservé compte 17 cahiers de mémoires, auxquels s’ajoutent de nombreux documents connexes, pour un ensemble de plus de 5 mètres linéaires.
Ce qui frappe, c’est l’aller-retour constant entre autobiographie et invention. Ariane Grimm ne se contente pas de se raconter : elle fabrique des doubles, des séries et des personnages, notamment Limine et Line, qui transposent son imaginaire, ses désirs, ses conflits et ses rêveries dans des formes narratives et graphiques. Philippe Lejeune a montré que son travail passe d’abord par une fiction enfantine foisonnante — histoires illustrées, bandes dessinées, séries, pastiches — avant de se recentrer, à l’adolescence, sur l’introspection diaristique. Le conflit avec sa mère Gisèle, la solitude, l’école, les amitiés, l’amour et la mise en scène de soi constituent des motifs récurrents de cette écriture.
Les journaux constituent le cœur de l’œuvre. Le catalogue du fonds distingue des séries très structurées, depuis les premiers journaux de 1974-1975 jusqu’aux grands « cahiers de mémoire » des années 1981-1983, dont les derniers, Banana, Copper, Pop-corn et Vanilla, ont servi de base à la publication de La Flambe puis de Journal intime d’une jeune fille. Ariane organisait elle-même ses écrits, les classait, les titrait, les numérotait, ce qui donne à l’ensemble une dimension presque archivistique autant qu’intime. Cette pratique explique que ses cahiers soient aujourd’hui lus comme une œuvre à part entière, et non comme de simples documents privés.
Au-delà des journaux, Ariane Grimm a laissé des bandes dessinées, des histoires illustrées ou non illustrées, des « journaux du matin », des dialogues d’enfants, des cahiers de mode, des listes, des dossiers thématiques, des chansons, des poèmes, des cassettes audio et des photomontages. Le catalogue du fonds montre aussi des objets plus inattendus, comme des inventaires de rêves, des relevés de dépenses, des notes sur les repas, des cheveux conservés, ou encore des textes liés à la famille et à l’école. Cette diversité fait apparaître un véritable atelier autobiographique, où tout peut devenir matière à écriture ou à classement.
La première grande publication fut La Flambe chez Belfond en 1987, reprise ensuite chez J’ai Lu sous le titre Journal intime d’une jeune fille. Depuis, l’œuvre a suscité études, exposition et documentaire, et le fonds a été déposé à l’APA en 2012 sous la cote APA 3239. Son intérêt littéraire tient à une vérité de ton très nue, à la fois enfantine et rigoureusement construite, qui fait d’Ariane Grimm une figure majeure de l’écriture autobiographique juvénile.