Le Journal de Paul Claudel couvre plus d'un demi-siècle. Un monument autobiographique du XXᵉ siècle
22 juin 2026/image%2F7219821%2F20260622%2Fob_470d6f_download-1.jpg)
Le Journal de Paul Claudel couvre plus d’un demi‑siècle, de septembre 1904 (Fou‑tchéou, Chine) jusqu’au 19 février 1955, quelques jours avant sa mort .
Il accompagne donc :
- la carrière diplomatique de Claudel (Chine, Japon, Brésil, États‑Unis, Belgique, etc.)
- les deux guerres mondiales
- son installation finale à Brangues
- l’évolution de son œuvre poétique, dramatique et spirituelle.
À l’origine, ce n’est pas un journal intime au sens classique, mais un cahier de citations bibliques et patristiques, tenu dans une période de « grande détresse morale » après la rupture avec Rosalie Vetch. Peu à peu, il devient un réceptacle total, un « fourre‑tout » où Claudel note lectures, méditations, projets, voyages, réflexions politiques, religieuses et esthétiques .
Le Journal est un texte éclaté mais continu, où l’on trouve :
- Réflexions religieuses : exégèse, méditations, prières, commentaires bibliques.
- Notes de travail : germes d’œuvres, esquisses, fragments de vers, projets dramatiques.
- Chroniques diplomatiques : négociations, rapports, portraits de dirigeants, analyses géopolitiques.
- Impressions de voyage : Chine, Japon, Brésil, États‑Unis, Europe.
- Vie familiale : Brangues, relations avec ses enfants, vieillesse.
- Jugements littéraires : sur Gide, Claudel lui-même, les metteurs en scène, les acteurs.
- Événements historiques : guerres, crises politiques, transformations du monde.
C’est un texte massif, non destiné à la publication immédiate, mais tenu avec une conscience aiguë de sa valeur documentaire. Le style du Journal de Paul Claudel se distingue par une combinaison unique de spontanéité, de densité spirituelle et d’expérimentation linguistique. La présence de Camille Claudel dans le Journal est discrète, souvent allusive, mais significative.
- Paul évoque la douleur familiale, la folie supposée, les internements.
- Il parle parfois de culpabilité, de responsabilité, mais toujours avec une retenue extrême.
- Le Journal ne constitue pas une source majeure sur Camille, mais il éclaire la manière dont Paul a intégré — ou refoulé — cette tragédie familiale dans son univers spirituel.
La relation apparaît davantage en creux, comme un nœud de silence, révélateur de la tension entre la foi, la famille et la création.
- Un autoportrait involontaire : Claudel y apparaît tour à tour exalté, dogmatique, visionnaire, parfois cassant.
- Un document sur la création dramatique : genèse du Soulier de satin, de la Trilogie, des Odes, etc.
- Un témoignage sur la diplomatie française : unique par son ampleur et sa franchise.
- Un journal spirituel : l’un des plus importants du XXᵉ siècle dans cette dimension.
Le Journal a été publié en deux volumes dans la Pléiade, en 1968 et 1969, édité par Jacques Petit et François Varillon .
Caractéristiques de cette publication :
- Édition posthume, donc sans intervention de Claudel.
- Travail éditorial considérable : datation, annotation, reconstitution des cahiers.
- Mise en ordre d’un matériau immense et hétérogène.
À la fin des années 1960, le lectorat du Journal est :
- cultivé, universitaire, intéressé par la littérature catholique ou symboliste.
- marqué par le contexte post‑concilaire, où la figure de Claudel est relue à travers le prisme de la foi.
- composé de lecteurs de la Pléiade, donc un public exigeant, déjà familier de l’œuvre dramatique.
Le Journal n’a pas été un best‑seller, mais un événement littéraire majeur dans les milieux intellectuels.
Aujourd’hui, le Journal est considéré comme :
- un monument autobiographique du XXᵉ siècle.
- une source essentielle pour comprendre la création claudélienne.
- un document historique sur la diplomatie française et les relations internationales.
- un texte spirituel majeur, lu par les théologiens, exégètes et historiens du catholicisme.
- un objet d’étude pour les spécialistes de la genèse des œuvres (genetic criticism).
Il reste cependant moins lu du grand public que les pièces ou les poèmes, en raison de son ampleur et de sa densité.