Barbey d'Aurevilly, Jules Amédée. Dans le Dictionnaire épris des diaristes (ébauche) de Serge Bénard
14 juin 2026/image%2F7219821%2F20260614%2Fob_c566b7_copilot-20260608-231609.png)
Barbey d’Aurevilly, Jules‑Amédée, né le 2 novembre 1808 à Saint‑Sauveur‑le‑Vicomte, dans la Manche, est mort le 23 avril 1889 à Paris (7e). Issu d’une famille de petite noblesse normande, Barbey d’Aurevilly devient l’une des figures les plus singulières et flamboyantes du XIXᵉ siècle littéraire. Dandy provocateur, monarchiste intransigeant, catholique ultramontain, polémiste redouté, il incarne un mélange de réaction politique, de mysticisme et d’esthétisme aristocratique.
Après ses études, il s’installe à Paris en 1837, où il vit pauvrement mais soigne une allure spectaculaire : redingotes, gants, cannes, attitudes théâtrales. Sa réputation de dandy absolu devient légendaire. Il collabore à de nombreux journaux (Le Globe, La Presse, Le Constitutionnel), où il se fait critique littéraire et polémiste. En 1869, il succède à Sainte‑Beuve comme critique du Constitutionnel, gagnant le surnom de « Connétable des lettres ».
Converti au catholicisme vers 1846, il développe une vision du monde farouchement anti‑moderne : hostilité au positivisme, mépris du siècle bourgeois, défense d’un ordre aristocratique et religieux. Il meurt à Paris le 23 avril 1889.
Son Memoranda, journal intime tenu de manière discontinue, n’a été publié qu’après sa mort. Ce n’est pas un journal au sens classique, linéaire et introspectif, mais un cahier de notes, de fulgurances, de portraits, de jugements, de sentences. Barbey y consigne ce qui le frappe : une silhouette croisée, une idée fulgurante, une indignation politique, une admiration littéraire, une intuition morale. Le Memoranda est un laboratoire de style et de pensée, un lieu où l’écrivain se laisse aller à sa verve la plus libre. Ce n’est donc pas un journal intime au sens confessionnel : c’est un journal de combat, un journal de style, un journal de perception. Barbey y apparaît moins comme un homme qui se raconte que comme un écrivain qui s’exerce. L’intime n’est pas absent, mais il est transfiguré par la posture : Barbey refuse la transparence, cultive l’énigme, se met en scène comme un aristocrate de l’esprit.
Contrairement aux journaux introspectifs du XIXᵉ siècle (Amiel, Renan), Barbey refuse l’analyse de soi. Il note, il tranche, il juge. Le fragment devient sa forme naturelle. Chaque entrée est un coup de stylet : une phrase qui claque, une image qui brûle. Le journal est un réservoir de formules, un atelier où se forge la phrase aurevillienne, baroque, nerveuse, hérissée. On y retrouve son catholicisme intransigeant, son aristocratisme, son goût du mystère, sa fascination pour le mal et la grâce. Le Memoranda est une cartographie de ses obsessions. Écrivains, actrices, inconnus croisés dans la rue : Barbey les saisit en quelques lignes, souvent cruelles, parfois admiratives, toujours intenses.
Ce journal révèle aussi une modernité inattendue. Par son goût du fragment, par sa manière de capter l’instant, par son écriture fulgurante, Barbey annonce les moralistes tardifs, les diaristes du XXᵉ siècle, voire les écrivains du discontinu. Le Memoranda est un autoportrait indirect : un miroir brisé où chaque éclat reflète une facette de l’écrivain.