Journaliste, romancier, essayiste, éditeur, militant politique, Tariq Ali est l’exemple même d’un de ces fils des aristocraties coloniales de l’Empire britannique, acquis aux idéaux révolutionnaires. Ses mémoires, On ne peut pas plaire à tout le monde, qui nous transportent d’une Inde à la Kipling à un Vietnam écrasé sous les bombes par un général américain qui se promettait (déjà !) « de ramener le Vietnam à l’âge de pierre », sont un témoignage précieux. Plus exact sans nul doute que celui des flics espions qui, pendant une cinquantaine d’années, ont ouvert son courrier et écouté ses conversations téléphoniques.
Tariq Ali est né en 1943 dans la partie septentrionale du Pendjab qui, après la partition de 1947, allait devenir le Pakistan occidental, le Pakistan oriental ne devenant indépendant, sous le nom de Bangladesh, qu’en 1971. Ses deux grands-pères appartenaient à la puissante et riche tribu des Khattar, qui, par opportunisme, avait fait alliance avec les Britanniques. Ses parents n’avaient aucune idée de la quantité de terre qu’ils possédaient, sans l’exploiter eux-mêmes, et qui leur permit de mener une vie d’opposants politiques délivrée de soucis matériels. Sa mère, âgée de seize ans et dont le père pro-britannique était alors Premier ministre du Pendjab, avait été exclue du très select Queen Mary College de Lahore pour avoir réclamé à voix haute que Jawaharlal Nehru, à l’époque leader nationaliste, soit invité à donner une conférence. Quant à son père, devenu communiste à l’université dans les années 1930, il avait été très actif au sein de la Fédération indienne des étudiants qui réunissait toute la gauche indienne. Par la suite, il devait devenir rédacteur en chef du Pakistan Times, le quotidien le plus diffusé dans le pays, avant que la censure imposée par la dictature militaire d’Ayub Khan ne s’abatte sur le journal.
Voir la suite : https://www.en-attendant-nadeau.fr/2026/05/19/un-enfant-gate-tariq-ali/
