Raphaël Renaud consacre sa chronique à « l'écriture de soi » dans quelques livres d’histoire
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L’« écriture de soi » dans quelques livres d’histoire peut se lire comme une forme mixte où l’historien, l’ethnographe ou l’écrivain fait entrer son expérience dans le récit sans abandonner entièrement la visée documentaire. Elle apparaît alors non comme un simple aveu personnel, mais comme une manière de relier mémoire, filiation, identité sociale et travail d’interprétation historique.
Dans l’article d’ethnologie d’Ernestine D. (reproduit par OpenEdition), l’écriture historique locale devient un lieu où le sujet s’inscrit peu à peu dans son objet : généalogie, guerre, famille, mémoire rurale. Le texte montre que l’Histoire, la mémoire et l’autobiographie s’entrecroisent, surtout quand l’auteur réécrit des lettres paternelles ou ses propres souvenirs de guerre.
On peut distinguer plusieurs modes d’écriture de soi dans les livres d’histoire :
- Le récit autobiographique assumé, où le « je » organise la mémoire personnelle.
- La généalogie, où l’histoire familiale sert de support à l’identité.
- L’histoire locale, où l’auteur parle de son milieu tout en prétendant à l’objectivité.
- Le témoignage rétrospectif, où l’expérience vécue affleure dans un cadre historique.
Cette présence du soi modifie la posture de l’historien : il n’est plus seulement observateur, mais aussi héritier, témoin, acteur ou transmetteur. Le texte de réflexion sur « les écritures de soi » rappelle d’ailleurs que l’autobiographie est devenue, dans la littérature contemporaine, un espace d’innovation et d’expérimentation, y compris au contact d’autres formes comme l’essai, la photographie ou le cinéma..
Prenons un bon exemple : Les Mémoires de Saint-Simon. Ils constituent une source historique majeure pour la fin du règne de Louis XIV et la Régence, offrant des détails précis sur la cour, les intrigues politiques et les portraits psychologiques des acteurs. Ils complètent l’écriture de soi par une contribution documentaire unique, où le témoignage personnel nourrit l’histoire sans la dominer entièrement.
Rédigés entre 1739 et 1749, ces mémoires couvrent 1691 à 1723, soit la fin absolue de Louis XIV et la Régence de Philippe d’Orléans. Saint-Simon, duc et pair, y relate des événements dont il fut témoin direct, comme les lits de justice ou les complots nobiliaires.
Ils apportent une richesse factuelle inégalée : chroniques quotidiennes de la cour, généalogies précises, descriptions des rituels et des caractères. Les historiens comme Marmontel ou Michelet les utilisent comme source essentielle, malgré leur subjectivité, pour reconstituer la Régence et confronter à d’autres témoignages.
Le style vif, acerbe et détaillé – avec des portraits mordants comme celui du duc de Noailles – fait des Mémoires un monument littéraire autant qu’historique. Saint-Simon y infuse son point de vue nobiliaire et anti-absolutiste, critiquant l’autoritarisme royal et plaidant pour une monarchie tempérée.
Publiés intégralement en 1829-1830, ces Mémoires influencent Chateaubriand, Stendhal ou Proust, et servent de référence pour les études sur la cour du Grand Siècle. Marmontel, dans son Histoire de la Régence, les cite abondamment tout en les corrigeant pour en extraire une vérité objective. Ils éclairent les faiblesses du pouvoir louis-quatorzien et les illusions de la Régence.