Le billet d'Irène Bertin. Le mythomane (toute ressemblance...)
16 mai 2026/image%2F7219821%2F20260516%2Fob_53fa4a_billet-bertin-050526.jpg)
Le mythomane est cet homme qui ment si souvent qu'il en vient à croire ses propres mensonges, et qui raconte ses aventures avec tant de conviction que l'on finit par douter de sa propre réalité. Il ment souvent par nécessité et par profit, mais avant tout par un besoin esthétique : la vérité lui semble trop plate, trop dépourvue de relief, et il la relève comme une robe trop longue.
Il se souvient d'enfants qu'il n'a jamais eus, de batailles où il n'a jamais combattu, de femmes qu'il n'a jamais aimées. Il a sauvé des vies qu'on n'avait pas menacées, évité des catastrophes qui n'existaient que dans son imagination. On le croirait presque, tant il se ment à lui-même avec talent.
Le mythomane ne ment pas toujours pour tromper les autres, mais surtout pour se tromper lui-même : il fuit la médiocrité de son existence pourtant fastueuse en se construisant une vie de roman, où il est toujours le héros, jamais le comparse. Et quand on lui dit : « Vous mentez », il répond : « Je corrige la réalité. »
Sa mémoire est un atelier de restauration où chaque fait est retouché, embelli, parfois entièrement repeint. Il ne se souvient pas des choses comme elles ont été, mais comme il aurait voulu qu'elles fussent. Et le plus curieux, c'est qu'il finit par ne plus savoir où commence la vérité et où finit son invention.
En société, le mythomane est une vedette de charme : il captive, il éblouit, il fait rire ou pleurer. Mais dès qu'on le laisse seul, il retombe dans le silence de sa vie ordinaire, si pauvre, si vide, qu'il faut bien qu'il la remplisse de fictions. Alors, il se venge sur X (l’ancien twitter) et brosse à l’emporte pièce, au défi de sa langue natale, le portrait de ses délires.
En somme, le mythomane est un poète sans talent, un dramaturge sans public, un héros sans histoire — qui ment pour exister, et qui finit par ne plus exister que dans ses mensonges.