Il a toujours l’air d’arriver de quelque part où l’on ne l’attendait pas, et d’aller vers un lieu où l’on se passerait fort bien de lui. Il parle beaucoup, et n’écoute jamais ; ou plutôt, il écoute comme on attend son tour de parler, ce qui n’est point écouter. Ses avis sont décidés avant d’être entendus, et ses jugements, arrêtés avant même qu’on les sollicite.

Il se mêle de tout, n’entend rien, et tranche sur tout. Il nomme profondeur ce qui n’est qu’obscurité, et esprit ce qui n’est que bruit. On le voit rire le premier de ses propres bons mots, et s’en souvenir longtemps après que les autres les ont oubliés.

Il a cette assurance des esprits médiocres qui ne doutent jamais, et cette légèreté des caractères qui ne s’attachent à rien. Il admire volontiers ce qu’on admire, blâme ce qu’on blâme, et croit ainsi penser par lui-même.

S’il se tait, on l’oublie ; s’il parle, on le supporte ; s’il insiste, on l’évite. Il n’est ni méchant (encore que...) ni bon, mais seulement incommode, ce qui est peut-être pire dans le commerce du monde.

Toute ressemblance avec quelque personne que ce soit serait pure coïncidence ; encore faudrait-il que cette personne eût assez de loisir pour se reconnaître.

Irène Bertin

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