Les écrits ubuesques tirent leur nom du personnage du Père Ubu, créé par Alfred Jarry dans sa pièce Ubu Roi (1896), et désignent des textes marqués par l'absurde, la satire grotesque et la parodie du pouvoir. Ce style, emblématique du théâtre de l'absurde, critique les excès de l'autorité et de la bureaucratie avec un humour noir et exagéré.​

Ces écrits mettent en scène des personnages grossiers et tyranniques, comme Ubu, qui trahit, conspire et accumule les richesses par des moyens ridicules et violents. Le contenu mêle scatologie, parodies shakespeariennes (Macbeth, Hamlet) et inventions linguistiques ("Pshit !"), créant un univers de non-sens jubilatoire et subversif.​

L'ubuesque joue un rôle critique en dénonçant l'ivresse du pouvoir et l'absurdité des hiérarchies, favorisant une réflexion sur la condition humaine et les dérives sociétales. Il invite le public à rire de l'autorité pour mieux la questionner, influençant le théâtre postérieur et les contre-cultures.​

Alfred Jarry est l'auteur originel, avec des pièces comme Ubu Roi, Ubu Cocu et Ubu Enchaîné. Des successeurs comme Vian ou Arrabal ont repris l'esprit ubuesque, mais Jarry reste central ; des adaptations modernes existent sans nouveaux auteurs majeurs récents.​

Initialement choquant pour les bourgeois parisiens en 1896, ce théâtre attire aujourd'hui intellectuels, amateurs de littérature absurde et étudiants en théâtre. Son public apprécie la satire intemporelle, des scènes aux festivals comme Avignon.​

Les écrits ubuesques contemporains en France prolongent l'héritage d'Alfred Jarry en explorant l'absurde, la satire du pouvoir et le grotesque dans un contexte moderne, souvent politique ou sociétal. Ces œuvres, bien que moins centrales que dans l'avant-garde du XXe siècle, surgissent dans la littérature, le théâtre et même les chroniques journalistiques pour dénoncer les dérives bureaucratiques ou autoritaires. 

Dans ses romans comme Démolir Nisard (2006) ou Sans l'or ni le cuivre (2019), Éric Chevillard déploie un humour absurde et ubuesque, avec des intrigues délirantes où des personnages s'enlisent dans des quiproquos grotesques et des logiques inversées, pastichant l'autorité administrative.​

Le regretté Pierre Desproges dans ses Chroniques de la haine ordinaire (1980s-1990s, rééditées) use d'un style ubuesque pour brocarder la société française, avec des exagérations scatologiques et des satires impitoyables du pouvoir, évoquant directement l'esprit d'Ubu.

Côté théâtre contemporain, notons des mises en scène modernes d'Ubu Roi par des troupes comme la Comédie-Française (reprises régulières au Festival d'Avignon) ou des adaptations par Stanislas Nordey intègrent des éléments ubuesques actuels, comme la critique des populismes. Des auteurs comme Michel Vinaver (La Classe morte, influences ubuesques) mêlent absurde et réalité sociale.​

Le terme "ubuesque" imprègne les écrits non fictionnels pour qualifier des scandales récents, comme les dysfonctionnements administratifs pendant la crise des Gilets jaunes (2018-2020) ou les absurdités de la réforme des retraites (2023), décrits ainsi dans Le Monde ou Libération. Des essayistes comme Riss (Charlie Hebdo) emploient ce registre dans des chroniques satiriques post-2020.

Plusieurs auteurs français contemporains reprennent l'absurdité grotesque héritée d'Alfred Jarry, d'Ionesco ou de Beckett, en la déployant dans des romans, pièces ou essais satiriques qui brocardent le pouvoir, la bureaucratie et l'absurde sociétal. Ces écrivains actualisent le grotesque par des intrigues délirantes, un humour noir et des personnages monstrueusement ridicules, souvent dans un contexte politique ou numérique moderne.

Les romans d’Éric Chevillard comme Sine die (2008) ou Démolir Nisard (2006) excellent dans l'absurde ubuesque : un employé s'épuise à détruire un buste, des quiproquos administratifs virent au cauchemar hilarant, mêlant scatologie et critique de l'institutionnel.

Auteur d'Un petit coin de ciel bleu (2020) ou de textes théâtraux comme C'est l'éternité (2018), Frédéric Boyer revisite le grotesque par des dialogues décousus et des figures autoritaires pathétiques, pastichant les discours politiques contemporains avec une ironie féroce.

Avec Maylis de Kerangal, dans Un chemin de tables (2019) ou Corniche Kennedy (2012), l'absurdité surgit du corps et des rituels sociaux : médecins obsédés par des détails triviaux, adolescents en quête d'exploit absurde, dans un style lyrique teinté de grotesque vital.

Les romans de Christine Angot comme Les Petits (2019) ou Un amour impossible (2015) flirtent avec le grotesque par des monologues obsessionnels et des relations familiales monstrueuses, où l'intime vire à la parodie tragique de la société française.

Enfin, dans ses œuvres comme Achab (2020) ou Les embarras du singe (2017) Pierre Senges recycle l'absurde en récits labyrinthiques : Melville réinventé en farce bureaucratique, ou un singe philosophe piégé dans des logiques ubuesques.

 

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