Les frères Goncourt dans les carnets de Nadège Le Goff
09 juin 2026/image%2F7219821%2F20260521%2Fob_6e2ac8_nade-ge-copie.png)
« Seule la méchanceté est gratuite , aussi les deux écrivains la dépensent-ils sans compter. Chaque page laisse éclater leur détestation des femmes, des parvenus, des Juifs, des artistes et de leurs familiers. On découvre Baudelaire ouvrant sa porte pour offrir aux voisins le spectacle du génie au travail, Flaubert invitant ses amis à déguster des « cervelles de bourgeois », les demi-mondaines étalant un luxe tapageur ou Napoléon III entouré d’une cour servile qui met en bouteilles l’eau de son bain... Réactionnaires ne jurant que par la révolution en art, aristocrates se piquant de faire entrer le bas peuple dans la littérature, les Goncourt offrent un regard aiguisé sur un monde en plein bouleversement, où, de guerres en révolutions, le paysan fait place à l’ouvrier, la bougie à l’ampoule et le cheval à l’automobile. » Pierre Ménard Les Infréquentables Frères Goncourt. Tallandier 2020.
« Respectueux, selon leur dire, de la royauté, de la papauté, de la noblesse, de l’Ancien Régime, ennemis de l’égalité et de la « religion républicaine », méprisant le Bourgeois, les Goncourt ont fait du Juif le symbole de leur détestation aristocratique. Le Juif n’est pas un être humain, mais un « juif », c’est-à-dire la personnification de leur dégoût d’esthète. Les catholiques avaient déjà de longue date fait des Juifs un peuple « déicide ». Des socialistes comme Fourier, Toussenel ou Proudhon, avaient déjà confondu le Juif et la Banque, au cours de la première moitié du XIXe siècle. Les Goncourt ont ajouté à cette construction la note de l’art pour l’art : après le chrétien et l’ouvrier, un autre acteur social est érigé en victime de l’ordre imaginaire antisémite, l’artiste. » L’antisémitisme des Goncourt. Michel Sinoque pages 193-202 in Les Goncourt dans leur siècle. Un siècle de « Goncourt ». Presses universitaires du Septentrion.