H.D. Thoreau. Journal complet 1854

 

22 mai. Dimanche.

À Nobscot avec W. E. C.

C'est le troisième jour venteux après deux jours de pluie. Un jour de lessive, comme nous en avons toujours à cette saison, me semble-t-il. L'herbe a poussé comme par magie depuis les pluies. On entend les oiseaux dans l'agréable vent vif qui anime tout.

Nous sommes en juin, le premier jour de l'été. Le seigle, qui, la dernière fois que je l'ai regardé, mesurait trente centimètres, en fait maintenant un mètre et ondule au vent. Nous longeons ces champs de seigle bleu-vert qui ondulent dans les bois, comme si un jongleur indien les avait fait surgir du jour au lendemain. Tiens, bientôt, on sortira la faucille et le berceau. Malgré mes promenades quotidiennes, je ne suis jamais préparé à cette croissance magique du seigle. J'ai plusieurs mois d'avance, pour ainsi dire, sur l'été. L'oseille rougit les champs. Les vaches préparent le lait pour le beurre de juin. Déjà, les pétales de pommier tombés emplissent l'air et parsèment les routes et les champs, certains déjà noircis par la décomposition au sol. Avec cette chaleur et ce vent, l'air est chargé d'une brume comme on n'en a jamais connue. Le lilas embaume chaque maison. On entend le chant chaleureux du moucherolle des bois. Nous chevauchons sur des chemins chauds et sablonneux bordés de chênes nains, où la violette pédonculée bleuit le bord du chemin, et le cerisier des sables et le cerisier de Virginie le blanchissent. On entend d'abord les grillons. Les houstonias blanchissent les champs et sont à leur apogée. Les buissons d'épines sont couverts de fleurs. J'ai aperçu un grand sassafras en fleurs, d'un jaune citron intense.

Nous avons laissé notre cheval à l'auberge Howe. La date la plus ancienne inscrite est « D. H. 1716 ». Une vieille dame, ancienne servante de la famille, qui prétendait avoir quatre-vingt-onze ans, affirma que c'était la première maison construite à cet endroit. Nous avons ensuite continué jusqu'à Nobscot. Il faisait très chaud dans les bois ; on entendait le chant rauque du tangara et le doux païé des marais, mais une brise agréable soufflait sur les sommets dénudés. Les montagnes étaient invisibles. Nous avons trouvé une profusion de Viola Muhlenbergii  (debilis de Bigelow), une violette à tige, bleu pâle et barbue. (...)

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