Goliarda Sapienza, Carnets. Aujourd’hui lue comme une grande voix de la liberté individuelle et du refus des normes
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Oui : les Carnets sont un texte capital pour comprendre Sapienza, parce qu’ils éclairent son atelier d’écriture, son rapport à la liberté, sa pauvreté, ses désillusions éditoriales et sa vision très tranchante de la société italienne. Ils ont été publiés en Italie en 2013 et en français en 2019, après une longue période d’oubli relative.
Goliarda Sapienza naît à Catane en 1924 et meurt à Gaète en 1996; elle appartient donc à l’Italie du xxe siècle traversée par le fascisme, l’après-guerre, les conflits idéologiques et les transformations des années 1960-1980.
Son écriture se forme dans un milieu intellectuel atypique, laïque et politisé, et elle reste longtemps en marge des institutions littéraires italiennes.
Dans ses Carnets, cette marginalité devient un matériau de pensée: le journal couvre environ vingt ans et près de 8 000 pages réparties sur une quarantaine de cahiers.
Les Carnets ne sont pas un simple journal d’anecdotes: ils mêlent réflexions, rêveries, notes de lecture, crises intimes, scènes de vie, commentaires politiques et méditations sur l’acte d’écrire.
Le Tripode insiste sur la présence des « vides », des rencontres, de Gaète et de Rome, des déceptions éditoriales, de la pauvreté et du poids de l’éducation, avec un portrait vif de l’intelligentsia communiste italienne et de la condition féminine.
Le livre est souvent présenté comme l’« autre grand chef-d’œuvre » de Sapienza, complémentaire de L’Art de la joie.
Dans l’histoire littéraire italienne, Sapienza est aujourd’hui vue comme un cas majeur mais longtemps controversé: une autrice contestataire, restée trop tôt hors canon, puis redécouverte par les rééditions et la critique.
Plusieurs études la décrivent comme une précurseure, notamment par sa manière d’articuler liberté individuelle, identité, sexualité, rapport au social et écriture de soi.
Son importance tient aussi à la réintégration progressive de son œuvre dans la tradition littéraire italienne contemporaine, où elle sert désormais de référence pour penser une subjectivité féminine non conforme.
En Italie d’aujourd’hui, Sapienza n’est plus une inconnue: elle est désormais considérée par la critique comme une figure littéraire significative du Novecento, et son œuvre fait l’objet de rééditions, d’études et de colloques.
Son succès critique italien est cependant relativement récent, surtout après le long effet de levier provoqué par la reconnaissance française de L’Art de la joie puis par la remontée de ses autres textes.
En bref, elle est passée du statut d’écrivaine marginalisée à celui d’autrice de référence dans les débats sur liberté, genre et subjectivité.
Son public actuel est double: un lectorat cultivé, sensible aux écritures de soi et aux questions féministes, et un public plus large attiré par la puissance romanesque de L’Art de la joie puis par les Carnets.
En France, elle est aujourd’hui particulièrement bien installée chez les lecteurs de littérature italienne, au point que certaines présentations la décrivent comme l’une des autrices italiennes les plus lues et appréciées dans ce pays.
En Italie, son audience reste plus patrimoniale et critique qu’explosivement populaire, mais elle s’est nettement élargie depuis la redécouverte des années 2000-2010.
Sapienza est aujourd’hui lue comme une grande voix de la liberté individuelle et du refus des normes, et les Carnets en donnent peut-être la version la plus directe, la plus intime et la plus littérairement révélatrice.