Victorine Brocher, mémorialiste. Une source majeure pour comprendre les motivations et actions des Communards
16 août 2026/image%2F7219821%2F20260816%2Fob_6ed954_manet-recto-the-barricade-1935.jpg)
Édouard Manet - La barricade (1871), lavis encre de chine, aquarelle et gouache sur mine de plomb, 46x32cm (musée Szepmüvészti de Budapest)
Victorine Brocher (1839-1921) était une figure marquante de la Commune de Paris et une mémorialiste importante de cette période révolutionnaire. Née Victorine Marie Lenfant le 4 septembre 1839 à Paris, elle grandit dans une famille républicaine et fut profondément marquée par la révolution de 1848.
Victorine s'engage très tôt politiquement, sensible aux questions sociales. La lecture des Misérables de Victor Hugo la marque profondément, et elle adhère rapidement à l'Internationale. Mariée en premières noces à Charles Jean Rouchy, un cordonnier, elle participe activement à la Commune de Paris en 1871 en tant que combattante, cantinière et ambulancière, notamment pendant la Semaine Sanglante.
Victorine Brocher échappe miraculeusement à la répression - une autre femme fut fusillée à sa place. Elle vit cachée à Paris jusqu'en 1872, année où elle parvient à s'exiler en Suisse. C'est là qu'elle épouse en secondes noces Gustave Brocher, dont elle prend le nom.
En 1909, Victorine Brocher publie ses mémoires intitulées Souvenirs d'une morte vivante. Son témoignage sur la Commune constitue l'un des plus vifs et directs concernant ces événements révolutionnaires. Ses écrits représentent une source majeure pour comprendre les motivations et actions des Communards, ainsi que la répression qu'ils subirent.
Ses mémoires décrivent avec précision des moments cruciaux comme le terrible hiver 1870 durant le siège de Paris, où elle témoigne des conditions de vie dramatiques : "Le jour de Noël, le froid était si rigoureux que plusieurs gardes nationaux sont morts aux remparts".
Victorine Brocher s'inscrit parmi les femmes qui jouèrent un rôle politique inédit durant la Commune de Paris, aux côtés de figures comme Louise Michel, Nathalie Le Mel ou Elisabeth Dmitrieff. Elle décède en 1921, laissant derrière elle un témoignage précieux sur l'une des périodes les plus tumultueuses de l'histoire française.
Souvenirs d’une morte vivante est un texte autobiographique de Victorine Brocher (1839-1921), publié en 1909 à Lausanne. Il s'agit d'un témoignage exceptionnel car c’est l’un des rares récits écrit par une femme du peuple ayant traversé et survécu aux insurrections de 1848 et surtout à la Commune de Paris en 1871.
Victorine Brocher, ambulancière puis cantinière aux côtés des fédérés, y livre dans une langue sobre et directe son vécu : la misère sous le Second Empire, les privations du siège de Paris, la mort de ses enfants, le souffle révolutionnaire et enfin la Semaine sanglante qui vit l’écrasement de la Commune. Brouillée pour toujours avec la France officielle, Victorine Brocher dut partir en exil en Suisse après avoir échappé de peu à l’exécution, d’où le titre du livre : elle fut déclarée fusillée par les autorités versaillaises, alors qu’elle était bel et bien vivante.
L’ouvrage se distingue par la perspective unique d’une femme du peuple, décrivant la quotidienneté, les souffrances, les colères mais aussi les espoirs populaires de l’époque. Il est préfacé par Lucien Descaves et certaines éditions modernes comportent un appareil critique de Michèle Riot-Sarcey.
L’intégralité du texte est librement consultable sur des plateformes comme Wikisource ou Gallica.
Voici un extrait qui montre la force du témoignage de Victorine Brocher : « Notre drapeau renaîtra de ses cendres ; alors l’idée renouvelée et plus vivace que jamais, mieux comprise, aidera la marche du progrès vers un avenir social meilleur et plus humain ».
Victorine Brocher explique son surnom de « morte vivante » car, lors de la répression de la Commune de Paris, elle a été officiellement déclarée fusillée en 1871 par les autorités versaillaises. En réalité, une autre femme (ou plusieurs femmes au nom proche) a été exécutée à sa place, tandis qu’elle a réussi à s’enfuir et à survivre, se cachant d’abord puis partant en exil en Suisse. Aux yeux de l’État, Victorine était alors considérée comme morte, alors qu’elle était toujours en vie : d’où le titre de ses mémoires, Souvenirs d’une morte vivante.
Son cas résume la brutalité et la confusion de la répression, où l’administration versaillaise ne prenait pas le temps de vérifier l’identité des victimes et où des « doubles » pouvaient être fusillés à la place des révolutionnaires recherchés. Ce titre reflète aussi la situation paradoxale de nombre de survivants de la Commune, qui vécurent longtemps « en mortes » aux yeux de la société officielle, effacés des registres mais porteurs d’une mémoire bien vivante.