La correspondance de Fernando Pessoa est un corpus fragmentaire mais d’une richesse exceptionnelle, révélant ses réseaux littéraires, ses obsessions intellectuelles (ésotérisme, identité, création), et les conditions de production de son œuvre. Les recherches récentes permettent d’en préciser le volume, les destinataires, les thématiques, ainsi que son histoire éditoriale, souvent complexe et encore en évolution. La correspondance de Pessoa n’a jamais été réunie dans un ensemble totalement exhaustif. Les éditions successives ont progressivement intégré des lettres retrouvées dans des archives privées ou publiques.

L’édition de référence longtemps utilisée est celle publiée par l’Imprensa Nacional – Casa da Moeda en 1998, mais elle est aujourd’hui considérée comme incomplète

Références :

  • revistas.fcsh.unl.pt
  • revistas.fcsh.unl.pt. “Abraça-o, e á Presença como se fôra gente […], Fernando Pessoa.” Novos apontamentos sobre uma relação epistolar conhecida | Estranhar Pessoa
  • Depuis, 68 documents supplémentaires ont été acquis par la Biblioteca Nacional de Portugal, enrichissant notablement le corpus.
  • revistas.fcsh.unl.pt
  • revistas.fcsh.unl.pt. “Abraça-o, e á Presença como se fôra gente [], Fernando Pe
  • Des lettres inédites continuent d’apparaître, notamment dans le cadre de recherches sur les échanges avec la revue presença. Trois lettres récemment identifiées ne figuraient pas dans l’édition de 1998.
  • revistas.fcsh.unl.pt
  • revistas.fcsh.unl.pt. “Abraça-o, e á Presença como se fôra gente […], Fernando Pessoa.” Novos apontamentos sobre uma relação epistolar conhecida | Estranhar Pessoa

Au total, on estime aujourd’hui que la correspondance connue de Pessoa dépasse plusieurs centaines de lettres, mais le chiffre exact reste mouvant. Cette correspondance reflète ses multiples identités littéraires et ses cercles intellectuels.

1. Les directeurs de la revue presença. Un ensemble important de lettres, désormais mieux documenté, témoigne de la relation entre Pessoa et les presencias. Certaines lettres manquaient dans l’édition de 1998 et ont été retrouvées depuis.

2. Aleister Crowley. Entre 1929 et 1931, Pessoa entretient une correspondance brève mais intense avec l’occultiste britannique. Cette relation culmine dans la mise en scène du « faux suicide » de Crowley à la Boca do Inferno, épisode devenu célèbre. La correspondance a été éditée en 2015 dans Les Secrets de la Bouche de l’Enfer

3. Amis, éditeurs, proches, figures littéraires portugaises

Le corpus inclut également des lettres à des amis, à des éditeurs, à des collaborateurs littéraires, et à des personnalités du milieu culturel lisboète. Ces ensembles sont plus dispersés et parfois lacunaires.

 

La correspondance de Pessoa couvre plusieurs grands axes :

  • Questions littéraires et éditoriales : discussions sur la publication de ses textes, sur la revue presença, sur les projets littéraires en cours.
  • Réflexions métaphysiques et ésotériques : particulièrement dans les échanges avec Crowley, centrés sur l’occultisme, les symboles, et la mise en scène du mystère.
  • Questions d’identité et d’hétéronymie : Pessoa évoque parfois ses projets d’écriture et ses « autres » auteurs intérieurs.
  • Vie culturelle lisboète : commentaires sur les milieux littéraires, les revues, les relations entre écrivains.
  • Affaires personnelles ou pratiques : plus rares, mais présentes dans certaines lettres privées.

La correspondance de Pessoa a une incidence éditoriale majeure, pour plusieurs raisons.

Révisions du corpus littéraire. Les lettres retrouvées modifient la compréhension de certains épisodes biographiques et littéraires, notamment : la relation avec presença, réévaluée grâce à de nouveaux documents ; revistas.fcsh.unl.pt, revistas.fcsh.unl.pt. “Abraça-o, e á Presença como se fôra genteo Pessoa. 

L’affaire de la Boca do Inferno, éclairée par la publication intégrale des échanges avec Crowley : shs.cairn.info et shs.cairn.info. https://shs.cairn.info/article/SIGILA_046_0187a/pdf?lang=fr
Éditions successives et corrections. Les éditions antérieures sont régulièrement corrigées ou complétées à mesure que des archives deviennent accessibles. La disponibilité numérique des documents facilite aujourd’hui la consultation et la révision du corpus
La correspondance éclaire : la construction des hétéronymes, les relations de Pessoa avec les avant-gardes portugaises, son rôle dans la modernité littéraire lusophone. Elle est devenue un matériau essentiel pour les études pessoanes contemporaines.


 

 

 

Il y a 85 ans, mourait à Lisbonne un poète inclassable, intriguant, secret mais non moins resplendissant par l’immensité de son œuvre. A cette occasion, la Revue du Collège revient sur le parcours personnel, solitaire et poétique d’un homme interchangeable souhaitant être la conscience de tout, Fernando Pessoa.

Lisbonne, 30 novembre 1935. Un homme de 47 ans meurt d’une insuffisance hépatique, seul, prématurément vieilli par l’alcool. A son enterrement, peu de personnes, quelques amis, des curieux. Et pourtant, il fait également la une des journaux. Est retrouvée chez lui une grande malle noire contenant plus de 27 000 documents, écrits divers tous signés de noms différents, inachevés, remodelés, prêts à être édités. Cet homme est Fernando Pessoa, poète portugais n’ayant publié qu’un seul ouvrage, Message, en 1934 et quelques poèmes disséminés dans les journaux. Comment Fernando Pessoa est-il devenu un poète pluriel ? Cet orfèvre des mots est tout d’abord un homme fracturé et ordinaire qui deviendra plusieurs auteurs en un seul corps.

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