Correspondance. Lettres d'Italie du président de Brosses
13 août 2026/image%2F7219821%2F20260813%2Fob_de574f_de-brosses.jpg)
Les Lettres familières sur l’Italie qui ont conservé vivante, parmi nous, la mémoire du président de Brosses, ont été éditées à plusieurs reprises, mais jamais avec l'intégrité et la correction souhaitables. C'est souvent le sort des ouvrages posthumes. Charles de Brosses n'avait pas songé, en effet, à donner à l'imprimeur, de son vivant, la relation du voyage qu'il avait fait dans sa jeunesse. Il avait pourtant entre les mains non une collection de lettres écrites à la hâte au cours de ses déplacements, mais un ouvrage longuement mûri et, pour les deux tiers, soigneusement rédigé, bien des années après son retour d'Italie. Cette particularité, jusque-là ignorée, nous a été révélée par les lettres que Charles de Brosses adressait à Loppin de Gemeaux. Nous avons déjà abordé ce petit problème d'histoire littéraire. Résumons-le en quelques mots. Sur les cinquante-huit lettres dont se compose le recueil complet des Lettres d'Italie , neuf lettres du premier volume seulement ont été vraiment expédiées d'Italie en 1739 : sept adressées à Blancey, deux à Neuilly. De Brosses en avait encore écrit plusieurs autres, qui avaient été perdues par les correspondants auxquels elles étaient destinées. Heureusement, le voyageur avait rapporté avec lui des notes sur quelques chiffons de papier. A la prière de son cousin Loppin de Gemeaux, il fit recopier les lettres authentiques sur lesquelles il put remettre la main et il se mit à compléter sa relation de voyage sous forme de lettres postiches. Vingt-six lettres du premier volume furent rédigées en 1745, cinq ans après le retour à Dijon; les lettres sur Home, qui forment tout le second volume, ont été écrites entre 1745 et 1755.
De Brosses a donné des dates à toutes ses lettres, sauf aux lettres sur Rome (dates exactes ou restituées); il a accompagné les lettres romaines d'une note volontairement erronée : « Toutes les lettres suivantes, jusqu'au départ de Rome, se trouvent copiées, sans beaucoup d'égards, à l'ordre des dates; elles ont été écrites dans le cours des derniers mois de l'année 1739 et des deux premiers mois de 1740. »
Le Président de Brosses fît d'abord grand mystère de son œuvre et ne la montra qu'à son cher cousin Gemeaux pour qui il l'avait écrite. Les véritables lettres envoyées d'Italie avaient causé, en effet, des ennuis au caustique voyageur. De Brosses craignait de voir recommencer les bavardages, de froisser les contemporains dont il parlait avec quelque malice. Les gens austères pouvaient trouver aussi que maintes plaisanteries « sur divers articles chatouilleux » ne convenaient pas à la gravité d'un magistrat. Peu à peu, cependant, les scrupules diminuèrent. Le Président laissa prendre de ses Lettres Italiques plusieurs copies qui circulèrent de main en main,
Nous ne pouvons pas fournir le nombre exact d'exemplaires. Le comte André de Brosses conserve celui que le président avait fait exécuter à des fins personnelles. Grâce à la grande obligeance du comte de Brosses, nous avons pu étudier longuement les pages que couvrit de ses lignes régulières un secrétaire docile — peut-être le fidèle Amant, ancien domestique de M. de Gemeaux (1)— et les annotations que le magistrat y ajouta de sa petite écriture bouclée. La reliure en basane fauve donne à ce manuscrit l'aspect d'un livre qui veut durer. Sur la garde, la couronne du comte, le mortier et les hermines du magistrat, l'écu d'azur à trois trèfles d'or, supporté par deux lions, composent le somptueux ex-libris de Carolus de Brosses... in suprema Burgundia Curia prœses.
(1) Cf. Lettres à Loppin de Gémeaux, p. 137.