Écrire sans chercher à raconter sa vie permet d’en conserver une trace plus juste, affirme l’auteur Daniel Poppick, pour “The New York Times Magazine”. Chaque semaine, “Courrier international” vous propose un billet qui soulève des interrogations sur notre condition moderne en s’appuyant sur des œuvres littéraires, scientifiques et, bien sûr, philosophiques.

Bonjour, c’est la première fois que je te parle, et j’en suis ravie. J’espère que le plaisir est partagé.” Voilà comment commence le journal de ma grand-mère en 1939. Elle avait 18 ans et vivait chez ses parents, à Brooklyn. “Comme tu vas le découvrir, je suis quelqu’un de ‘différent’.”

Je n’ai jamais réussi à tenir un journal de manière régulière. Les rares fois où j’ai essayé, j’ai toujours eu l’impression que ce n’était pas moi qui écrivais, mais une personne différente, un double maladroit et rouillé, parfois timoré ou au contraire porté aux envolées lyriques. Ma grand-mère, qui à ce que je sache ne nourrissait aucune ambition littéraire, n’avait pas ce problème.

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