Michel Leiris. Trois raisons de (re)lire son “Journal”, ou la captivante exploration de soi
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Dans ses romans, ses récits, ses correspondances, l’auteur de “La Règle du jeu” n’a cessé de partir en quête de lui-même. Son “Journal”, qu’il a tenu de 1922 à 1989 et que Gallimard réédite en Quarto, constitue un pan absolument fascinant de cette entreprise autobiographique.
Télérama, le 16 mars 2021.
De 1922 à 1989, Michel Leiris (1901-1990) a tenu un journal qui, contrairement à d’autres, n’était pas destiné à la publication. « La grande difficulté qu’il y a à tenir un journal, écrivait-il en 1929, l’une des années où il a le plus alimenté ses cahiers, c’est qu’à chaque instant on se laisse aller à la littérature. Il faudrait ne même pas se soucier de construire une phrase. » On trouve pêle-mêle, dans ce gros volume aujourd’hui réédité en Quarto, des réflexions, de simples notations, des citations…
Nul souci de suivi, de construction : il y manque des mois, des années même – années dont le reflet se retrouve parfois dans d’autres œuvres de Leiris, en particulier celles consacrées à ses voyages. L’écrivain apparaît surtout préoccupé par l’enquête qu’il mène sur lui-même, en toute froideur. L’autobiographie, on le sait, a été au centre de son écriture et il s’y est livré de nombreuses fois, tentant de l’approcher de diverses manières : dissimulée sous les oripeaux du récit de voyage (L’Afrique fantôme, 1934), avec une chronologie emmêlée (La Règle du jeu, 1948-1976) ou encore sous forme de confession (L’Âge d’homme, 1939). La contrainte de la chronologie fait de ce journal une expérience autre, et une des pièces à ajouter à cette tentative – l’une des plus ambitieuses du XXe siècle – de s’explorer soi-même.