Les récits de rêve — journaux oniriques, carnets nocturnes, narrations de songes — forment un genre discret mais continu, oscillant entre pratique intime, expérimentation littéraire, outil psychologique et effet de mode. 

Les récits de rêve sont aussi anciens que l’écriture. Dans l’Antiquité, les Égyptiens, les Grecs (Artemidore de Daldis), les Romains consignent les rêves pour des raisons divinatoires ou politiques. Au Moyen Âge, les songes deviennent des supports théologiques ou moraux (visions, révélations). De la Renaissance au XVIIIᵉ siècle, le rêve est étudié comme phénomène philosophique, métaphysique ou médical. Diderot et les encyclopédistes en font un objet de savoir. Le XIXᵉ siècle voit l’explosion des journaux intimes, où les rêves apparaissent comme matériaux autobiographiques. Durant le XXᵉ siècle, Freud, Jung, puis les surréalistes (Breton, Desnos, Aragon) réhabilitent le rêve comme source littéraire et comme méthode d’exploration de l’inconscient. Et le XXIᵉ siècle aborde le retour du rêve dans les pratiques amateurs (journaux de rêve, blogs, forums), mais aussi dans la littérature expérimentale et autofictionnelle.

 Parmi les promoteurs, innovateurs et  théoriciens de ces écrits, on trouve, bien sûr des philosophes et des savants comme Artémidore, premier grand théoricien antique du rêve, et Diderot qui conceptualise l’histoire des rêves comme objet de savoir. Freud, pour sa part, fait du rêve un texte à interpréter, alors que Jung continue de penser le rêve comme un mythe personnel.

Les innovateurs littéraires ne sont pas en reste. Les surréalistes utilisent l’écriture automatique et les récits de rêves comme matériau brut. Walter Benjamin voit dans le rêve un document historique et culturel. Coleridge, Mary Shelley, Stevenson, E.B. White incarnent les auteurs dont des œuvres majeures sont nées directement de rêves.
Voici quelques auteurs célèbres ayant utilisé le rêve comme matériau. Samuel Taylor Coleridge (Kubla Khan) — poème dicté par un rêve. Mary Shelley (Frankenstein) — vision nocturne fondatrice. R.L. Stevenson (Dr Jekyll & Mr Hyde) — cauchemar fiévreux. E.B. White (Stuart Little) — rêve enfantin devenu roman. Breton, Desnos, Michaux, Leiris — tradition française du rêve poétique et expérimental. Georges Perec — journaux de rêve dans La Clôture. Annie Ernaux — fragments oniriques dans les journaux.
Les écrits de rêve sont devenus une pratique littéraire et un passe-temps amateur. Ainsi, les journaux de rêve personnels sont très répandus aujourd’hui : carnets, applications, blogs. Leurs motivations : introspection, créativité, mémoire, thérapie douce, exploration symbolique. Dans les ateliers d’écriture, les rêves servent de déclencheurs narratifs : scènes brutes, images symboliques, fragments poétiques. Les communautés en ligne partagent des rêves, des interprétations et des micro‑récits (forums, Reddit, blogs spécialisés). 

Effet de mode et cycles de popularité ponctuent l’itinéraire de ces rêves écrits. Le rêve connaît des vagues de popularité avec le surréalisme (1920‑40), le New Age (1970‑90), l’essor du développement personnel (2000‑2020), le retour actuel via les réseaux sociaux (TikTok, Instagram : “dream journaling”). Les récits de rêve deviennent parfois un genre viral : micro‑fictions oniriques, journaux illustrés, vidéos de “dream recollections”.

Les débouchés éditoriaux ne manquent pas. Édition littéraire avec des journaux de rêve d’auteurs reconnus (Perec, Leiris) et des autofictions intégrant des rêves. La poésie onirique n’est pas en reste. Le marché, quoique très restreint, affirme une stabilité raisonnable tandis que le secteur des essais et de la psychologie tient une bonne place avec l’interprétation des rêves (Freud, Jung, ouvrages contemporains) et les guides de tenue de journal de rêve. Sans oublier l’autoédition très active : journaux de rêve illustrés, recueils personnels, carnets thématiques.

Les données chiffrées sont rares, mais les tendances sont claires :

  • Production élevée en autoédition et sur les plateformes numériques.
  • Faible volume dans l’édition traditionnelle (quelques titres par an).
  • Ventes modestes sauf lorsqu’un auteur célèbre intègre des rêves dans une œuvre plus large.
  • Les livres “inspirés par des rêves” (Shelley, Stevenson, Coleridge) ont eu un impact immense, mais ce sont des œuvres littéraires, non des journaux de rêve.

En résumé; l’accueil du public et de la critique reste favorable. Si le public constitue une niche passionnée avec un intérêt croissant via les réseaux sociaux, la critique est prudente ; les journaux de rêve sont souvent vus comme documents intimes plutôt que comme œuvres littéraires. Les œuvres majeures nées de rêves (Shelley, Stevenson, Coleridge) sont, elles, hautement valorisées.

Actualité du genre et relève. Essor du “dream journaling” dans le bien-être. Intégration du rêve dans l’autofiction contemporaine. Réflexions universitaires renouvelées sur l’histoire du rêve. La relève semble assurée avec de jeunes auteurs d’autofiction (France, Québec, Allemagne) intégrant des rêves comme fragments narratifs, des créateurs numériques (TikTok, Instagram, YouTube) produisant des récits de rêve illustrés et des poètes contemporains explorant l’onirisme comme matériau brut.

 

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