Le dictateur se reconnaît à ce mélange d’importance et de petitesse qui le fait ressembler à un coq perché sur un tas de fumier : il croit dominer un empire quand il ne règne que sur sa propre vanité. Il avance raide, comme si chaque pas devait rappeler au sol qu’il lui appartient. Il parle haut pour masquer qu’il pense bas.

Il exige le silence autour de lui, non pour mieux réfléchir — il ne s’y risque jamais — mais pour entendre résonner sa propre voix, dont il savoure chaque syllabe comme un oracle. Il se croit profond parce qu’il parle lentement, sage parce qu’il répète, puissant parce qu’il menace. Il confond l’écho de ses colères avec l’obéissance, et l’obéissance avec l’amour.

Le dictateur a l’art de se fabriquer des ennemis pour mieux se sentir courageux. Il voit des complots dans les ombres, des traîtres dans les miroirs, des dangers dans les silences. Il ne dort qu’à moitié, de peur que le monde ne profite de son sommeil pour se libérer. Il se méfie de tout, sauf de lui-même — erreur fatale, mais qu’il commet avec constance.

Il se croit redouté ; il n’est que redoutable par accident. Il se croit respecté ; il n’est que craint par lassitude. Il se croit maître des foules ; il n’est que prisonnier de son propre théâtre. Il passe ses journées à se faire applaudir et ses nuits à craindre que les applaudissements ne cessent.

Le dictateur aime les statues, surtout les siennes, car elles sont les seules à ne pas lui tourner le dos. Il inaugure, pose, parade, comme un enfant qui joue au roi avec un sceptre trop lourd pour lui. Il se drape dans l’Histoire comme dans une cape trop grande, espérant que personne ne verra ses jambes maigres dépasser.

Et pourtant, derrière cette pompe grotesque, il y a un homme minuscule, qui tremble à l’idée qu’un jour on découvre qu’il n’a jamais été qu’un tyran de pacotille, un despote de carton-pâte, un souverain d’opérette. Il règne par peur, faute d’inspirer autre chose ; il commande par cris, faute d’être écouté ; il s’impose par force, faute d’être suivi.

Ainsi va le dictateur : ridicule dans sa majesté, pathétique dans sa terreur, tragique dans son illusion. Il croit tenir un peuple ; il ne tient qu’un décor. Il croit faire l’Histoire ; il ne fait que du bruit.

 

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