Mélancolie et genre épistolaire à l’âge classique. Un ensemble de symptômes dont la description varie historiquement
30 juin 2026
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Gravure de Dürer
Par Geneviève Haroche Bouzinac
Plus que toute autre humeur, » la mélancolie fait progresser les idées des hommes « , affirme Robert Burton. La mélancolie est véritablement une notion » opératoire » commente Jackie Pigeaud dans une postface donnée à la réédition de la somme de Burton dont les éditions Corti ont récemment procuré les trois volumes à la commodité du lecteur moderne. C’est effectivement de notion qu’il faut parler, car la mélancolie n’est ni un concept, ni un thème, tout au plus une question, plus modestement, au regard de la médecine un ensemble de symptômes dont la description varie historiquement. Mais ce n’est pas en raison de son caractère » opératoire » que nous avions incité un ensemble de chercheurs à tremper, selon l’exemple de Voltaire, » le pinceau dans la palette du Caravage « .
Y avait il encore quelque chose de neuf à dire à propos d’un sujet sur lequel se sont déjà exercées les plumes les plus érudites ? Nous avions, avec Emmanuel Bury, dans le cadre d’une journée d’étude organisée à Versailles sous le double patronage de l’AIRE et de l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, parié sur une réponse affirmative. Les résultats ont dépassé nos espérances. Les contributions ici réunies prouvent que la liste des illustrations de la maladie des vaporeux n’était pas close : l’apport épistolaire pouvait non seulement augmenter mais encore nuancer le questionnement en plaçant l’humeur mélancolique dans des situations peu envisagées encore par la critique. Les études critiques en effet se sont concentrées essentiellement sur les théories philosophiques, religieuses, médicales et leurs formulations iconographiques et poétiques en laissant dans la pénombre le dialogue épistolaire. Autre récompense, mais ce n’était pas une surprise : la grande qualité des communications et la fertilité du débat. Celui-ci a même inspiré à Michel Launay une lettre entre commentaire et révélation de soi, lettre dans laquelle la notion de stratégie épistolaire est revisitée. Comme nous sommes ici entre amis, il nous autorise à la publier. L’ensemble d’études qui suivent s’est donc enrichi de deux contributions supplémentaires car Gérard Bonnet a bien voulu en postface apporter la précieuse contribution de la psychanalyse à ce sujet : il montre comment la correspondance joue un rôle capital dans l’élaboration de la réflexion freudienne sur la mélancolie.
Voir plus : https://www.epistolaire.org/articles-en-ligne/melancolie-et-genre-epistolaire-a-l-age-classique/