Monsieur,

Toutes choses vont ici le mieux que nous saurions souhaiter. Je parlai hier à mon hôtesse pour savoir si elle voulait avoir ici ma nièce, et combien elle désirait que je lui donnasse pour cela; elle, sans délibérer, me dit que je la fisse venir quand je voudrais, et que nous nous accorderions aisément du prix, parce qu'il lui était indifférent si elle avait un enfant de plus ou de moins à gouverner. Pour la servante, elle s'attend que vous lui en fournirez une, et il lui tarde extrêmement qu'elle ne l'a déjà; c'est pourquoi, afin qu'il ne lui ennuie trop, je vous prie de mander ici au plus tôt à M. Godfroy, que vous pensez à nous en faire trouver une et qu'on vous a déjà parlé de deux ou trois, mais que vous n'avez encore rien arrêté, afin de vous pouvoir mieux informer de la meilleure, et que, pour nous, nous n'avons point besoin de nous en mettre en peine, parce que nous aurons infailliblement l'une ou l'autre. En effet, il faut faire qu'Hélène vienne ici le plus tôt qu'il se pourra; et même, s'il se pouvait honnêtement avant la Saint-Victor et qu'elle en mît quelque autre en sa place, ce serait le meilleur. Car je crains que notre hôtesse ne s'ennuie d'attendre trop longtemps sans en avoir une, et je vous prie de me mander ce que Hel. vous aura dit là-dessus.

J'ai reçu vos livres sans qu'ils aient aucunement été mouillés ni corrompus, encore qu'ils aient été deux nuits sur l'eau, et je commence déjà tout de bon à étudier en Médecine. Je suis,

Monsieur, Votre très humble et très affectionné serviteur, Descartes.

 

Du 30 d'Août 1637.

[En marge, vers la fin.] La lettre que j'écris à Hel. n'est point pressée, et j'aime mieux que vous la gardiez jusques à ce qu'Hel. vous aille trouver, ce qu'elle fera, je crois, vers la fin de cette semaine, pour vous donner les lettres qu'elle m'écrira, que de lui faire porter par votre servante.

Source : 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Lettre_Descartes_à_un_inconnu_1637-08-30.jpg

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