Il ne gouverne pas ; il se sert. Il n’administre pas la cité ; il la vide, avec cette gravité d’escroc qui donne à ses vols l’air de décisions d’État.

Il a pris le pouvoir comme un voleur prend la nuit : pour y opérer sans témoin. Le peuple, qu’il prétend servir, n’est pour lui qu’une bête de somme bonne à nourrir ses ambitions, ses palais, ses comptes et ses caprices. Il parle de patrie comme les charlatans parlent de remède : assez fort pour couvrir le goût de la fraude.

Sa vertu est de façade, son patriotisme de caisse, sa morale de bureau. Il affiche la main sur le cœur et l’autre dans la poche publique. À force de voler avec méthode, il a fini par croire que la rapine était une forme supérieure de gestion.

Autour de lui, des larbins chamarrés, des affamés décorés, des consciences louées à la semaine, qui battent des mains dès qu’il ment avec aplomb. Ils appellent clairvoyance ce qui n’est que servilité, et grandeur ce qui n’est qu’enflure.

Il aime les statistiques parce qu’elles ne crient pas. Il aime les cérémonies parce qu’elles distraient. Il aime les foules de loin, car de près elles pourraient encore avoir le mauvais goût de réclamer ce qu’on leur a pris.

Le pays s’appauvrit, lui s’embellit. Les rues se crevassent, ses salons s’agrandissent. Les hôpitaux manquent de tout, mais ses villas ne manquent de rien. Il a trouvé ce tour admirable de transformer la faim des uns en confort des autres, puis d’appeler cela stabilité.

Qu’on le loue, il se croit juste ; qu’on le craigne, il se croit fort ; qu’on le laisse faire, il se croit légitime. C’est ainsi que les médiocres deviennent monstrueux : ils prennent l’impunité pour du droit.

Il finira gras, vieux, entouré de gardes et de chiffres, et le pays, pour avoir trop longtemps nourri ce parasite, devra encore subir la leçon de ses funérailles.

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