Il avance dans le monde comme on traverse un couloir trop étroit, les épaules volontairement élargies, persuadé qu’on cherche à le frôler pour mieux l’effacer. Le masculiniste est un personnage de roman malgré lui : il se rêve en héros balzacien, mais il a souvent l’allure d’un protagoniste secondaire qui s’est trompé de chapitre.

Il parle avec la gravité de ceux qui pensent porter une vérité oubliée. Chaque phrase est un manifeste, chaque soupir une prophétie. Il se voit en sentinelle du bon sens, debout sur les ruines imaginaires d’un monde où l’homme aurait perdu sa place. Il ne dit jamais « je doute » : il affirme, il martèle, il proclame. La nuance lui échappe comme un oiseau trop vif.

Le masculiniste vit dans un théâtre intérieur où les silhouettes féministes prennent des proportions mythologiques. Elles n’ont pas de visage, seulement des slogans. Elles ne parlent pas : elles complotent. Il les combat avec l’ardeur d’un Don Quichotte moderne, mais ses moulins à vent sont des articles de blog, des statistiques mal lues, des conversations qu’il n’a jamais eues.

Dans son esprit, le monde est un roman d’apprentissage inversé : plus il avance, moins il apprend. Il collectionne les rancœurs comme d’autres collectionnent les timbres, soigneusement rangées dans des tiroirs mentaux qu’il ouvre avec une satisfaction sombre.

La blessure secrète

Car derrière la cuirasse, il y a une fêlure. Une inquiétude ancienne, presque tendre, qu’il ne nomme jamais. Le masculiniste est un homme qui a peur de disparaître, non pas physiquement, mais symboliquement. Il craint que le monde n’ait plus besoin de lui, que sa voix se dissolve dans le brouhaha contemporain.

Alors il parle plus fort. Il écrit plus vite. Il s’indigne plus souvent.

Il croit ainsi conjurer l’effacement.

Il y a chez lui une forme de poésie, malgré lui. Une poésie de la crispation, du geste trop brusque, de la phrase trop longue. Il transforme chaque désaccord en tragédie, chaque nuance en trahison. Il se raconte comme un personnage de Stendhal, mais c’est plutôt du Flaubert : un lyrisme qui se prend au sérieux, un Bovaryisme viril.

Il rêve d’être un roc, mais il est surtout un miroir : il reflète les angoisses d’une époque qui cherche encore comment habiter l’égalité.

Conclusion. Le masculiniste n’est pas un monstre, ni un prophète. Il est un homme qui s’est construit une forteresse de mots pour ne pas voir que le monde change sans le menacer. Un personnage romanesque, tragique et comique à la fois, qui avance dans la vie comme dans un livre dont il n’a pas compris le genre.

 

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