Alain Veinstein, écriture résiliente : « remys et renié » comme le dit Villon de son « amant martyr »
26 mai 2026Mais le même Alain Veinstein se trouve être assez riche intérieurement d’expériences souvent minuscules, solitaires, fondées en imaginaire plutôt qu’en réel, pour nourrir une œuvre en prose qui prend une forme romanesque sans concession excessive aux récits du monde des autres – seuls l’intéressent les êtres et les choses passés à travers le filtre aux mailles serrées de son propre désir. Ainsi naissent des fictions aussi peu banales que Dancing (2006, Seuil), aussi saugrenues et ludiques que Cent quarante signes (Grasset, 2013).

Alain Veinstein © Hermance Triay
Et puis intervient un accident d’une remarquable trivialité, pas moins scandaleux pour autant. Dans la vie ordinaire, cet écrivain perd son emploi de trente ans, évincé de la radio où il avait créé et maintenu des émissions nocturnes d’une puissance suggestive qu’aucun des auteurs ayant eu l’honneur d’y être convié à parler de leurs livres ne pourra oublier. C’est un choc pour chacun d’eux, sachant bien qu’il a vécu là une aventure, enveloppé dans les replis de la voix et des silences de l’intervieweur, si particulière, si particulièrement envoûtante et beaucoup plus longue que les 35 minutes de sa durée réelle, qu’il n’y a aucune chance pour qu’il en connaisse jamais une autre semblable. C’est un choc aussi et peut-être surtout pour le retraité malgré lui, qui se trouve soudain « remys et renié » comme le dit Villon de son « amant martyr ».
Voir plus : https://www.en-attendant-nadeau.fr/2016/03/01/ecriture-resiliente/
Alain Veinstein, Venise, aller simple, Seuil, Fictions & Cie, 293 p., 19 €