Alice James (1848-1892) est une diariste américaine, sœur cadette des illustres William (psychologue) et Henry (romancier), qui a tenu un journal intime poignant de 1889 à 1892, alors qu'elle était clouée au lit par la maladie. Née à New York dans une famille nomade et intellectuelle, elle souffrit toute sa vie de problèmes de santé – migraines, hystérie supposée, puis cancer du sein – qui entravèrent ses ambitions littéraires et militantes.

Alice James apparaît comme une femme intelligente, spirituelle et rebelle, dotée d'un humour caustique et d'une observation aiguë de la société victorienne. Malgré son invalidité chronique, elle s'engagea dans l'activisme social, soutenant les femmes et les pauvres, et critiqua l'impérialisme britannique et le système des classes en Angleterre.

Ce portrait en noir et blanc la montre assise de profil, dans une robe à motifs, évoquant sa fragilité physique mais aussi sa dignité intérieure.

 

Ses relations avec Henry étaient étroites et complexes : admiration mutuelle pour leur style d'écriture partagé – anecdote, phrases enveloppantes, perception du non-dit – mais aussi tensions, Alice reprochant à Henry d'"emprunter" ses mots pour ses œuvres sans crédit. Henry la voyait comme une "Irlandaise transfigurée" dotée d'un génie familial, et elle inspira peut-être des personnages comme les suffragettes de The Bostonians.

Les influences étaient réciproques : Henry reconnaissait la "beauté et éloquence" de sa prose, tandis qu'Alice notait tout ce qu'il disait, créant parfois des frictions familiales. Une rivalité sous-jacente existait avec ses frères célèbres, amplifiée par son rôle de "seule fille" dans une fratrie dominée par des génies masculins, et par l'idée que sa maladie fut une "solution" aux contraintes imposées aux femmes. William exerça aussi une influence excessive, mais le lien familial prima sur les animosités.

Son Journal, tenu de 1889 à 1892 (en partie dicté à son amie Katharine Loring), est un témoignage stoïque sur la maladie, la révolte féministe et les idées politiques, avec un style élégant et salé qui égale ses frères. Écrit en secret, il révèle ses frustrations face au carcan victorien et son humour face à la mort imminente.

À sa mort en 1892 à Londres, Katharine Loring imprima quatre exemplaires privés en 1894. Henry s'opposa à la publication, détruisant une copie et craignant les allusions à des contemporains ; une version expurgée parut en 1934 aux États-Unis, suivie d'une édition intégrale en 1964 par Léon Edel.

Aujourd'hui, le journal d'Alice est un texte séminal des études féministes du XIXe siècle, fenêtre sur l'invalidité féminin et la dynamique familiale James ; plusieurs biographies (comme celle de Jean Strouse en 1980) et analyses la célèbrent comme une intellectuelle oubliée, contribuant à la renommée familiale.

 

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